“Bienvenue dans l’un des amphithéâtres les plus extorqués qui soient, cet établissement de haute voltige émotionnelle où l’on délivre, au prix de quelques infarctus et de décennies de ruines, une maîtrise en « on verra bien demain ».
Au Liban, le provisoire n’est pas une parenthèse, mais une méthode d’existence, un système d’exploitation par défaut, ce logiciel confessionnel piraté que nous nous obstinons à faire tourner sur un hardware en surchauffe depuis des lustres. Dans ce pays où l’exception est devenue la règle et où l’inconfort est la seule institution qui ne soit pas en faillite, le provisoire n’est pas une transition vers la stabilité, mais une sédimentation de l’éphémère, une temporalité fossilisée où tout ce qui devrait être solide comme l’électricité, la justice, la monnaie ou le simple droit de ne pas être pulvérisé relève du miracle ou de la mauvaise plaisanterie.
Observez attentivement notre environnement, car le provisoire s’y déploie avec une précision chirurgicale, colonisant chaque trottoir sous la forme de cette liane de cuivre qui pend lamentablement, branchée sur le moteur d’un voisin complaisant, et qui a acquis une forme de légitimité que même les cèdres ne peuvent plus revendiquer. Le provisoire, c’est cette architecture du colmatage, voire un réservoir d’eau sur le toit qui attend une solution structurelle enterrée avec nos dépôts bancaires, ou un onduleur qui agonise en silence. Nous avons fini par concevoir nos foyers comme des espaces réversibles, des baux précaires sur des ruines. Le summum de cet art de vivre bâtard reste le « go-bag », cet accessoire de mode indispensable où nous compressons nos diplômes, nos passeports et les derniers vestiges de notre dignité dans une boîte de médicaments, toujours prêts à quitter le décor avant que les machinistes ne démontent la scène.” (…)
Lire mon texte complet dans l’L’Orient-Le Jour! Merci pour la publication de mon coup de gueule et de mon oeuvre hybride!



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