Repenser la gestion de la diversité religieuse et culturelle entre le Liban et le Canada

Les cas d’étude et de comparaison entre le Canada et le Liban ne sont pas récents, et suscitent encore aujourd’hui l’engouement de plusieurs chercheurs, vu que ces deux pays sont marqués par la diversité religieuse et culturelle. Une diversité qui pourrait constituer un terreau de dissensions, ou une pratique et un horizon de convivialité et de paix.

Au Liban, des individus et des organisations non-gouvernementales revendiquent des changements dans la gestion de la diversité. Au Canada, avec les revendications particulières de communautés religieuses et culturelles, ainsi que l’intégration de l’expression du phénomène religieux dans l’espace public comme dans les secteurs académiques, médiatique et juridico-politique, les défis de non-discrimination sont multiples.

En fait, tant au Liban qu’au Canada, on cherche continuellement à repenser la place du religieux dans l’espace public et à réformer le système de gestion des composantes de ces deux pays, tellement différents mais aussi semblables à bien des égards.

(Extrait de mon introduction à la 4e table-ronde du colloque “Les communautés de l’Etat du Liban” à l’USEK, 22 mars 2019)

Au colloque “Les communautés de l’Etat du Liban” à l’USEK

Ce fut un plaisir de revoir et de rencontrer des collègues du Québec, et de modérer la 4e table ronde du colloque “Les communautés de l’Etat du Liban” organisé par le Centre de Recherche sur les Minorités au Moyen-Orient (RCMME) et le Centre de Recherche Société, Droit et Religions de l’Université de Sherbrooke. Avec les intervenants Mirna Bouzeid, Pierre Noel et Claude Gelinas. Un grand merci au Prof. Sami Aoun, ainsi qu’aux P. Jean Akiki et Georges Yarak pour l’invitation. Certes, les perspectives comparatives entre le Canada et le Liban devraient se poursuivre vu qu’elles permettent les décentrements nécessaires afin de repenser la gestion de la diversité.

Du choc des titans et de la culture de la guerre

Mon article paru ce matin dans l’Orient-le-Jour (Beyrouth – Liban) sur la nécessité de déconstruire la culture de la guerre et d’édifier une culture de la paix. C’est le énième article que je publie sur ce sujet depuis les années 90. La guerre est continue au Liban. Elle n’est pas que physique, elle est surtout psychologique et culturelle.

Voilà des années que le Liban vit au rythme de guerres de paroles, de mémoires meurtries, d’identités meurtrières, d’autoritarisme et de crises sociopolitique, économique et environnementale.

Dans cette saga libanaise aux allures de choc de titans, les héros ont bel et bien disparu, laissant la place aux fanatiques, démagogues, corrompus, méduses, sorcières du Styx, montagnes de détritus, scorpions monstrueux, sacrifices humains et maléfices de Hadès.

Près de trois décennies après la fin des combats, il est triste de constater que le pays n’est pas en mode « postguerre ». En fait, la guerre est continue, et les leçons qui auraient dû être tirées n’ont pas pu l’être, justement parce qu’une véritable construction de la paix n’a pas eu lieu, et ce en dépit des initiatives de certains groupes et individus œuvrant pour la convivialité et un système sociopolitique aconfessionnel assurant l’unité dans la diversité des voix(es) libanaises. Une chose est de faire taire les canons, de faire disparaître les frontières territoriales et de constamment faire miroiter bonheur et prospérité ; une autre est de renouer le contact entre les communautés et d’établir des liens solides au-delà des dissensions et des clivages.

Comment penser et vivre une catharsis salutaire lorsque le Kraken de la culture de la guerre constitue la toile de fond du Liban contemporain? Cette culture s’impose comme réalité du quotidien physique et virtuel. Avec son cortège de djinns et de démons, elle enflamme les esprits, sème la zizanie et ravage les vies. Elle est à la fois le produit et le producteur de choc de titans, un cercle vicieux formé d’oppresseurs et d’opprimés, d’accapareurs de pouvoir, de démunis et de boucs émissaires.

Chaque instant qui passe sous l’emprise de la culture de la guerre creuse davantage le fossé entre Libanais, sanctifie l’assassinat du semblable et du différent, transforme le meurtre en devoir, banalise les suicides individuel et collectif, et interdit toute réflexion critique, toute évolution et toute richesse émanant de la diversité.

Tant que la culture de la guerre sévit dans les cœurs, les criminels continueront de perpétrer leurs crimes et les victimes de mourir par omission. Tant que cette culture existe, l’étripage des dieux se poursuivra. Tant que l’hégémonie culturelle est celle de la guerre et non de la paix, on ne pourra garder l’espoir face aux bouchons inextricables du passé et à la léthargie étouffante du présent, révéler les non-dits, muer la douleur en souvenir fondateur et retenir la principale leçon de la guerre, de toute guerre : qu’elle ne se reproduise plus.

SOURCE: https://www.lorientlejour.com/article/1157956/du-choc-des-titans-et-de-la-culture-de-la-guerre.html

CAFCAW Meeting in Jordan: Working for the Renewal of Religious Thought in the Arab World

It’s a wrap! #CAFCAW meeting @Dead Sea Marriott Resort & Spa, Jordan, January 2019 
CHRISTIAN ACADEMIC FORUM FOR CITIZENSHIP IN THE ARAB WORLD
– FOUNDING MEMBERS/BOARD
لتجديد الفكر والخطاب الديني في العالم العربي وتعزيز الوجود الفعال المسيحي والعمل من أجل مواطنة الوحدة في التنوع وكرامة الإنسان


Dr. Atef Gendy, Dr. Victor Makari, Maya Khadra, Dr. Mitri Raheb, Dr. Pamela Chrabieh, Mary Mikhael
Image may contain: 6 people, people smiling, people sitting, table and indoor

Peace, Islam and the Arts in Dubai

My “Peace, Islam and the Arts in Dubai” was recently published in Hawliyat, the Faculty of Arts and Social Sciences Journal at the University of Balamand, Lebanon. Issue 18, 2017-2018, p. 111-134.

Théologies de la réconciliation

THÉOLOGIQUES

Volume 23, numéro 2, 2015 (publié en décembre 2017; disponible en ligne dès janvier 2018): https://www.erudit.org/fr/revues/theologi/2015-v23-n2-theologi03341/#

Théologies de la réconciliation
Sous la direction de Denise Couture et Jean-François Roussel

Direction de la revue: Alain Gignac (Directeur)
Éditeur: Faculté de théologie et de sciences des religions, Université de Montréal (QC – Canada)
ISSN1188-7109 (imprimé)1492-1413 (numérique)

ARTICLES:

Théologies chrétiennes de la réconciliation à l’heure de la Commission vérité et réconciliation du Canada
Denise Couture et Jean-François Roussel p. 7–30

La Commission de vérité et réconciliation du Canada sur les pensionnats autochtones : Bilan et prospective
Jean-François Roussel p. 31–58

Les Églises, la théologie et les Autochtones : De la réconciliation à la décolonisation
Michel Andraos p. 59–73

Le salut comme réconciliation
Jean Richard p. 75–101

La réconciliation chez Paul (2 Co 5,11–6,2 ; Rm 5,1-11) : Perspective discursive et socio-politique
Alain Gignac p. 103–131

La mission de l’Église : Réconciliation de l’humanité désunie
Gregory Baum p. 133–148

Pour des réconciliations ecclésiales, religieuses et personnelles : Les communautés locales de Poitiers et la confiance
Rémi Lepage p. 149–164

La réconciliation comme mission : De l’usage théologique de la notion de réconciliation par le décret sur la mission de la 35e Congrégation générale de la Compagnie de Jésus
André Brouillette S.J. p. 165–183

Les alliances interethniques en Afrique de l’Ouest : Nouvelles stratégies de réconciliation
Zaoro Hyacinthe Loua S.J. p. 185–201

Rôle de la femme dans la société et dans l’Église : Pour une justice et une réconciliation durables en Afrique
Albertine Tshibilondi Ngoyi p. 203–228

Pratiques de réconciliation au Liban : Un état des lieux
Pamela Chrabieh p. 229–252 

Entre le devoir de pardonner et le droit de ne pas pardonner
Karlijn Demasure et Jean-Guy Nadeau


PAMELA CHRABIEH

Résumé
Bien que les pratiques de réconciliation connaissent une longue histoire au Liban, celles-ci se diversifient à partir des années 1990. Elles constituent un important objet d’étude pour de nombreux académiciens et académiciennes ainsi que chercheurs et chercheuses ; elles sont devenues la cause commune d’une pléthore d’organismes non-gouvernementaux, d’associations civiles, de mouvements sociaux et d’artistes. Le thème de la réconciliation des Libanais et Libanaises sert aussi de cadre pour le discours politique. Cet article présente un état des lieux de ces pratiques en traitant premièrement de la relation de la réconciliation au dialogue interreligieux puis de la relation de la réconciliation à la mémoire nationale. Il présente par la suite certains exemples au sein de la société civile et identifie en conclusion quelques pistes de réflexion.

Abstract
Although reconciliation practices have a long history in Lebanon, they have been diversifying since the 1990s. Furthermore, they have become an important object of study for many scholars and researchers, and the common cause for numerous non-governmental organizations, civic associations, social movements and artists. The theme of reconciliation also serves as a framework for political discourse. This article presents first an overview of these practices by tackling the relationship between reconciliation, interreligious dialogue and national memory. It then highlights some examples found in the Lebanese civil society. It finally suggests some avenues to be explored.

من الحرب إلى التربية على السلام

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With my students – Interreligious field trip at Sheikh Zayed Mosque, Abu Dhabi

الدكتورة باميلا شرابيه

ولدتُ ونشأتُ وقتَ الحرب في لبنان، وقد ساهمت هذه التجربة في تكوين هويّتي، كما هي الحال مع معظم المواطنين اللبنانيّين. ولولا حبّ أهلي وانفتاحهم على الآخر، وخبراتي ودراساتي في الحوار الدينيّ والثقافيّ والإنسانيّ، لكنت من عداد الذين يعيشون في غيتوهات الهويّات المتصارعة – كما وصفها الروائيّ أمين معلوف[1] -، ويؤمنون في الصفحة البيضاء ومنافع فقدان الذاكرة الفرديّة والجماعيّة. قد تعلّمت بناء السلام من خلال فعل السلام وهذا الفعل في الأوساط الرسميّة وغير الرسميّة دفعني إلى إنتاج معرفة عن السلام ومنهج تعليميّ في السياق الجامعيّ.

وفقًا لإيان م. هاريس، تشير التربية على السلام “إلى المعلّمين الذين يدرسون السلام: ما هو عليه، لماذا لا وجود له، وكيفيّة تحقيقه. ويشمل ذلك تدريس تحدّيات تحقيق السلام، وتطوير المهارات  اللاعنفيّة، وتعزيز المواقف السلميّة. إنّ للتربية على السلام أربعة مبادئ رئيسيّة: 1) أنّها تفسّر جذور العنف؛ 2) تعلّم بدائل للعنف؛ 3) السلام نفسه هو عمليّة تختلف وفقًا للسياق. 4) الصراع في كلّ مكان”[2]. في مقال آخر، يشرح هاريس وجهة نظره من خلال القول بأنّ التربية على السلام “تستمدّ من فطرة الإنسان للعيش بسلام مع الآخرين، وتؤكّد القيم السلميّة التي يجب أن يقوم عليها المجتمع، وتمكّن المعلّمين من استخدام مهاراتهم المهنيّة لتعليم طلّابهم على السلام”[3].

وقد أعرّف التربية على السلام بالآتي: تتكوّن هذه التربية من مقاربات تربويّة ضمن منهاج يعتمد في المدارس والجامعات ومبادرات من قبل أفراد وجماعات غير معنيّين في النظام التعليم الرسميّ الخاصّ والعامّ. وتهدف هذه التربية إلى صقل معرفة ثقافة السلام وممارساتها. لا يستطيع المدرّسون فعل الكثير في الصفّ لأجل تخفيف أسباب الحرب الاقتصاديّة والسياسيّة، ولكن يمكنهم أن يساهموا في ضبط العوامل النفسيّة التي تدعم العنف، وفي تفكيك الأحكام المسبقة، وفي تفعيل الحوار وتعزيز الاحترام المتبادل وبناء الجسور بين الفوارق. تولد الحروبُ في العقل البشريّ ومن هنا أهميّة التربية على السلام التي تؤدّي دوراً في تغيير العقليّة، كما جاء في الميثاق التأسيسيّ لليونسكو:”لمّا كانت الحروب تتولّد في عقول البشر، ففي عقولهم يجب أن تُبنى حصون السلام”.[4]

إنّ التربية على السلام في لبنان مدعومة من قبل منظّمات غير حكوميّة، كما من قبل بعضهم في القطاع الفنيّ والثقافيّ، ولبنانيّين في المهجر. وثمّة بعض المبادرات في المدارس مثل نشاطات فنيّة ومخيّمات صيفيّة. وتعتبر التربية على السلام ظاهرة نادرة في الإطار الجامعيّ. هناك استثناءات بحيث يتمّ ربط التربية على السلام بالحوار بين الأديان كما في جامعة القدّيس يوسف. ويتّفق جميع الأفرقاء على ضرورة تعميم ثقافة السلام، خاصّةً في وضع يغيب عنه أيّ مشروع وطنيّ لبناء ذاكرة حرب مشتركة ونشر كتاب تاريخ لبنان موحّد يعتمد في المدارس وكسر حلقة الحرب وبناء سلام مستدام.

وقد بيّنت نتائج أبحاثي في الأوساط الجامعيّة والمدرسيّة في لبنان (٢٠٠٤-٢٠١٤) أنّ الأجيال الصاعدة تحتاج إلى اهتمام خاصّ بصفتها الأجيال التي ترث تجربة العنف وتحوّلها إلى معرفة تاريخيّة مطلقة – وهنا يكمن خطر توظيف التاريخ، هذا الأمر الذي حذر منه المؤرّخ بينجامين ستورا في كتابه عن الاستعمار الفرنسيّ في الجزائر. ففي نظر ستورا، تستعمل أفكار من الماضي من دون إعادة النظر فيها ويتحكّم سياسيّون فيها ويبقون مخيال المجتمع مُرتبطًا بها، ويحافظون إذاً على نمط واحد من هذا المخيال[5]. من هنا يمكن الماضي أن يجمد وسلسلة الانتقام أن تخلّد ضمن أسطورة راسخة. إنّ التربية على السلام تساعد على أن يستوعب الماضي في تعقّده التاريخيّ وعلى توسيع فسحات العيش المشترك وإكثارها.

قد كوّنتُ منهجًا تربويًّا يُعنى بالسلام في كندا ولبنان والإمارات. وقد فعّلت نظريّة بناء السلام من خلال نشاطات مختلفة مثل ورش عمل لحلّ النزاعات، ورحلات ميدانيّة ومشاريع إعلاميّة رقميّة وأعمال فنيّة عن الحرب والسلام ولقاءات حواريّة إلخ. – نشاطات تساهم في عمليّة اختبار الغير المألوف والاحترام المتبادل وإدارة التنوّع[6]. وقد عبّر الكثير من الطلّاب عن اكتسابهم معرفة بديلة في جوّ مؤاتٍ للحوار، ساعدهم على تطوير فكرهم النقديّ واكتساب مهارات الحوار مثل الاستماع النشط وشجّعهم على التعاون. وأكّد طلّاب في لبنان أهميّةَ قبول الآخر والعمل بوجهٍ متضافر للوصول إلى وجهات نظر متقاربة، وقد أصبح أكثر من ١٥٪ من هؤلاء نشطاء من أجل السلام.

من الطبيعيّ أن تتطوّر هذه التربية مع الخبرات المتراكمة وتتنوّع تطبيقاتها بحسب السياق. فالتربية على السلام في كندا تختلف عن التربية في لبنان وأيضاً عن التربية في الإمارات. في الحقيقة، هناك بعض التحدّيات والصعوبات المشتركة لدى المهتمّين بهذا المجال. من هذه التحدّيات: أوّلاً الربط بين المحلّية والعالميّة في تكوين هويّات الطلّاب، وثانياً، أخذ مبادرات وروايات الطلّاب الفرديّة بعين الاعتبار. أمّا عن الصعوبات فتكمن في عدّة قضايا أساسيّة، منها: العقبات السياسيّة والاقتصاديّة؛ والاعتقاد السائد في المجتمع اللبنانيّ أنّ الحرب وسيلة مشروعة من أجل تحقيق مصلحة الوطن والجماعات والأحزاب وحمايتها؛ ومعرفة قليلة بالخيارات والبدائل المتعدّدة لحالة العنف؛  واعتبار السلام حالة مثاليّة، غير واقعيّة؛ والتربية على السلام شأنًا معزولًا وليس خيرًا عامًّا.

* أستاذة علوم الشرق الأوسط في الجامعة الأميركية في دبي؛ باحثة، كاتبة، فنّانة وناشطة اجتماعيّة.

[1] Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Grasset, 1998.

[2] Ian M. Harris, “Peace Education Theory”, Journal of Peace Education, Volume 1, Number 1, 2004, p. 6

[3] Ian M. Harris, “Peace Education: Definition, Approaches and Future Directions”, in Peace Studies, Public Policy and Global Security, Volume II, edited by Ursula Oswald Spring, Ada Aharoni, Ralph V. Summy and Robert Charles Elliot, EOLSS Publications, 2010, p. 283.

[4] (in Arabic).  http://unesdoc.unesco.org/images/0022/002269/226924a.pdf

[5] Benjamin Stora, Algeria, 1830-2000: A Short History, Cornell University Press, 2004.

[6] For more information about my Peace Education approach and activities:https://pamelachrabiehblog.com/my-pedagogy-peace-education/

SOURCE: EL MACHREQ ONLINE – ST JOSEF UNIVERSITY, BEIRUT-LEBANON
http://www.darelmachreq.com/ar/desc-almachreq-cat/284