Entrevue avec RFI sur la révolution au Liban

Mon entrevue cet après-midi sur Radio France Internationale (RFI) sur la révolution des femmes au Liban. A partir de la minute 33. Merci à Emmanuelle Bastide pour l’invitation !

“Depuis le 17 octobre, la population libanaise occupe la rue. A l’origine des contestations qui a rassemblé jusqu’à 1,5 millions de personnes, soit 20% de la population du pays, l’annonce d’une taxe sur la messagerie WhatsApp. Le pays a été immobilisé et le premier ministre a annoncé sa démission. Mais le mouvement ne faiblit pas et dénonce désormais les défaillances de l’Etat. Pénuries d’électricité et de gaz, chômage endémique, mariages précoces, dette abyssale, violences conjugales : quelles sont les revendications de la population dans ce pays où l’âge médian est de 29 ans ?

Avec:

Bilal TARABAY, Journaliste pigiste franco libanais à France 24, photojournaliste pour l’agence le pictorium, agence indépendante
Dalia OBEID, libanaise, activiste installée en France qui a beaucoup agi en faveur du mariage civil.
Souraya KARAM, étudiante en relations internationales et histoire à l’Université St Joseph de Beyrouth.
Pamela CHRABIEH, activiste féministe et pour la paix depuis 20 ans, docteur en sciences des religions, habite dans les environs de Beyrouth.
Mira MINKARA, guide touristique à Tripoli, fondatrice de « Mira’s guided tour » qui propose des visites guidées culturelles et historique de la ville”.

Source: Liban: que demande la jeunesse ? 7 milliards de voisins, RFI, 19 novembre 2019

عن الحوار الإسلامي المسيحي، ذاكرة الحرب وبناء السلام في لبنان

Interested in the subject on Interfaith Dialogue, War Memory and Peacebuilding? This is the full version of my article, and you can have access to the PDF file on Telos’ site: https://www.telosmagazine.org/

لا للحرب ولا للنظام… اريد لبنان للجميع

انا جزء مما يسمى “جيل الحرب”. لقد ولدت وترعرعت في حرب السبعينيات والثمانينيات من القرن الماضي. لقد شهدت إراقة دماء ونجوت من القناصة والقنابل. أصبحت ناشطة سلام عندما كنت مراهقة وأقسمت أنني سأكرس حياتي للمساهمة في إنهاء الحرب. لقد ناضلت من أجل ثقافة السلام من خلال التعليم والفن والكتابة والنشاط الاجتماعي في لبنان والخارج، وسأواصل القيام بذلك ، بشكل فردي ومع الآخرين.

ما شهدناه في آخر 9 أيام في لبنان هو ظاهرة فريدة. أكثر من ثلث السكان يتجمعون ضد نظام فاسد يمثل أحد الأسباب الرئيسية للأزمات الاجتماعية والاقتصادية. ظاهرة فريدة من نوعها بسبب لامركزيتها، عفويتها ومصداقيتها. فريدة من نوعها لتعدد الأجيال والهويات الاجتماعية والثقافية. فريدة من نوعها بسبب تضامن خلاق بين وعبر الاختلافات.

من المؤكد أن هناك مجموعات وقوى محلية وإقليمية ودولية تستغل إيمان الناس ورؤاهم وأحلامهم وثوراتهم وانتفاضاتهم في جميع السياقات، بما في ذلك في لبنان، لكن هذا لا يعني أن تطلعات وممارسات الناس المتنوعة نحو لبنان أفضل باطلة، غير مجدية او مأجورة.

لا أريد حرباً أهلية ولا نظام طائفي.
لا أريد فراغًا سياسيًا ، ولا أمراء الحرب والسياسيين الفاسدين.
لا أريد الزواج بين الدين والسياسة ولا التخلص من الناس الذين لديهم إنتماء ديني.
لا أريد تلويث العقول وبيئتنا. و لا أريد الامساواة في الحقوق والفرص.
لا أريد مجتمعًا منقسمًا بين 8 و 14 آذار ، ولا بين مؤيد وضد ثورة.
لا أريد مجتمعًا قائمًا على التفرد ولا على الاقصاء.


أريد أن أعيش في مجتمع متحد في تنوعه.
أريد أن أعيش في سلام وأريد أن يعيش اللبنانيون من جميع الخلفيات والأجيال في سلام مع بعضهم البعض. اريد ان اعيش في لبنان لي، لك، لنا ولكم.

اريد لبنان للجميع.

Repenser la gestion de la diversité religieuse et culturelle entre le Liban et le Canada

Les cas d’étude et de comparaison entre le Canada et le Liban ne sont pas récents, et suscitent encore aujourd’hui l’engouement de plusieurs chercheurs, vu que ces deux pays sont marqués par la diversité religieuse et culturelle. Une diversité qui pourrait constituer un terreau de dissensions, ou une pratique et un horizon de convivialité et de paix.

Au Liban, des individus et des organisations non-gouvernementales revendiquent des changements dans la gestion de la diversité. Au Canada, avec les revendications particulières de communautés religieuses et culturelles, ainsi que l’intégration de l’expression du phénomène religieux dans l’espace public comme dans les secteurs académiques, médiatique et juridico-politique, les défis de non-discrimination sont multiples.

En fait, tant au Liban qu’au Canada, on cherche continuellement à repenser la place du religieux dans l’espace public et à réformer le système de gestion des composantes de ces deux pays, tellement différents mais aussi semblables à bien des égards.

(Extrait de mon introduction à la 4e table-ronde du colloque “Les communautés de l’Etat du Liban” à l’USEK, 22 mars 2019)

Du choc des titans et de la culture de la guerre

Mon article paru ce matin dans l’Orient-le-Jour (Beyrouth – Liban) sur la nécessité de déconstruire la culture de la guerre et d’édifier une culture de la paix. C’est le énième article que je publie sur ce sujet depuis les années 90. La guerre est continue au Liban. Elle n’est pas que physique, elle est surtout psychologique et culturelle.

Voilà des années que le Liban vit au rythme de guerres de paroles, de mémoires meurtries, d’identités meurtrières, d’autoritarisme et de crises sociopolitique, économique et environnementale.

Dans cette saga libanaise aux allures de choc de titans, les héros ont bel et bien disparu, laissant la place aux fanatiques, démagogues, corrompus, méduses, sorcières du Styx, montagnes de détritus, scorpions monstrueux, sacrifices humains et maléfices de Hadès.

Près de trois décennies après la fin des combats, il est triste de constater que le pays n’est pas en mode « postguerre ». En fait, la guerre est continue, et les leçons qui auraient dû être tirées n’ont pas pu l’être, justement parce qu’une véritable construction de la paix n’a pas eu lieu, et ce en dépit des initiatives de certains groupes et individus œuvrant pour la convivialité et un système sociopolitique aconfessionnel assurant l’unité dans la diversité des voix(es) libanaises. Une chose est de faire taire les canons, de faire disparaître les frontières territoriales et de constamment faire miroiter bonheur et prospérité ; une autre est de renouer le contact entre les communautés et d’établir des liens solides au-delà des dissensions et des clivages.

Comment penser et vivre une catharsis salutaire lorsque le Kraken de la culture de la guerre constitue la toile de fond du Liban contemporain? Cette culture s’impose comme réalité du quotidien physique et virtuel. Avec son cortège de djinns et de démons, elle enflamme les esprits, sème la zizanie et ravage les vies. Elle est à la fois le produit et le producteur de choc de titans, un cercle vicieux formé d’oppresseurs et d’opprimés, d’accapareurs de pouvoir, de démunis et de boucs émissaires.

Chaque instant qui passe sous l’emprise de la culture de la guerre creuse davantage le fossé entre Libanais, sanctifie l’assassinat du semblable et du différent, transforme le meurtre en devoir, banalise les suicides individuel et collectif, et interdit toute réflexion critique, toute évolution et toute richesse émanant de la diversité.

Tant que la culture de la guerre sévit dans les cœurs, les criminels continueront de perpétrer leurs crimes et les victimes de mourir par omission. Tant que cette culture existe, l’étripage des dieux se poursuivra. Tant que l’hégémonie culturelle est celle de la guerre et non de la paix, on ne pourra garder l’espoir face aux bouchons inextricables du passé et à la léthargie étouffante du présent, révéler les non-dits, muer la douleur en souvenir fondateur et retenir la principale leçon de la guerre, de toute guerre : qu’elle ne se reproduise plus.

SOURCE: https://www.lorientlejour.com/article/1157956/du-choc-des-titans-et-de-la-culture-de-la-guerre.html

Pratiques de réconciliation au Liban: un état des lieux

Le numéro spécial de la revue Théologiques de l’institut d’études religieuses de l’Université de Montréal sur la réconciliation est enfin publié, fruit d’une belle collaboration suite au Congrès de la Société Canadienne de Théologie.

Ma contribution: “Pratiques de réconciliation au Liban: un état des lieux”.

RESUME

Bien que les pratiques de réconciliation connaissent une longue histoire au Liban, celles-ci se diversifient à partir des années 1990. Elles constituent un important objet d’étude pour de nombreux académiciens et académiciennes ainsi que chercheurs et chercheuses; elles sont devenues la cause commune d’une pléthore d’organismes non-gouvernementaux, d’associations civiles, de mouvements sociaux et d’artistes. Le thème de la réconciliation des Libanais et Libanaises sert aussi de cadre pour le discours politique. Cet article présente un état des lieux de ces pratiques en traitant premièrement de la relation de la réconciliation au dialogue interreligieux puis de la relation de la réconciliation à la mémoire nationale. Il présente par la suite certains exemples au sein de la société civile et identifie en conclusion quelques pistes de réflexion.

SUMMARY

Although reconciliation practices have a long history in Lebanon, they have been diversifying since the 1990s. Furthermore, they have become an important object of study for many scholars and researchers, and the common cause for numerous non-governmental organizations, civic associations, social movements and artists. The theme of reconciliation also serves as a framework for political discourse. This article presents first an overview of these practices by tackling the relationship between reconciliation, interreligious dialogue and national memory. It then highlights some examples found in the Lebanese civil society. It finally suggests some avenues to be explored.

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Pour plus d’informations sur la revue Théologiques:

http://etudes-religieuses.umontreal.ca/recherche/revue-theologiques/presentation/