ندوة إلكترونيّة حول مواجهة ظاهرة التحرّش الجنسيّ

تنظّم مجلّة تيلوس اللاهوتيّة ندوة إلكترونيّة حول مواجهة ظاهرة التحرّش الجنسيّ من وجهة نظر نفسيّة وقانونيّة وعملية

يشارك في الندوة كلّ من – د. مارينا رزق طبيبة نفسيّة (فرنسا)- أ. كريم نمّور (لبنان)- أ. ميرا محسن (مصر)

يدير الندوة من تيلوس د. باميلا شرابيّه (لبنان)

للراغبين بالحضور: يجب التسجيل مسبقًا في الندوة على الرابط التالي. بعد التسجيل يصل إلى بريدكم الإلكتروني رابط خاص للمشاركة في الندوة.

https://us02web.zoom.us/…/reg…/WN_EPvAaLShRYKLMHFK4xbJJQ

TELOS MAGAZINE

Lancement de l’ouvrage “Beyrouth Mon Amour. 4 août 2020 18h07”.

Heureuse d’avoir contribué à cet ouvrage sur Beyrouth. Merci Bélinda Béatrice Ibrahim et félicitations!

Je partage ci-dessous le communiqué de presse:

Beyrouth Mon Amour
4 août 2020 18 h 07
Ouvrage collectif sous la direction de Bélinda IBRAHIM
Préface de Gérard BEJJANI
Participation audio exceptionnelle de Mme Fanny ARDANT.

Une tragédie telle l’explosion du 4 août ne se donne pas à voir, elle se vit.
Profondément elle pénètre la peau, comme le jour du drame, elle a investi les âmes de Beyrouth. Elle ne se feuillette pas comme un album photo, mais elle imprime les yeux de spectres et de sang. Il y a autant de récits du drame que de victimes ;
Il y a autant de miracles que de survivants.
Comme un miroir brisé, l’explosion de Beyrouth se démultiplie dans nos têtes.
Elle hante nos rêves et distord nos réalités.
Le temps trébuche puis s’arrête, pour converger vers le seul jour de la comparution, où seront jugés les criminels, où peut-être s’apaisera notre colère.
Ce jour-là ne sera ni celui de l’oubli ni celui du pardon. Il verra la lente suture des blessures et le début de la cohabitation avec nos cicatrices.
Cet ouvrage est le fruit d’un travail collectif. Une chaîne d’entraide formidable, née de l’urgence de libérer la parole et d’exorciser la douleur.
C’est pourquoi sa mise en page est simple et sobre, retranchée dans la pudeur qui suit l’outrage. Aucune recherche de sensationnel et encore moins de reconnaissance ne viendra entacher les intentions de ses contributeurs.

Cinquante-six auteurs ont livré leur témoignage écrit et vingt-huit artistes ont saisi par des photographies, des peintures et des dessins cet instant funeste qui a détruit une ville et saccagé des vies.

Cet ouvrage a pu voir le jour grâce à la générosité de mécènes anonymes et d’autres nominatifs qui ont assuré le financement des frais de production et d’impression. Tout en offrant un espace cathartique à nos artistes, ils soutiennent le travail titanesque de six ONG qui œuvrent depuis le 4 août, 18 h 07, sur le terrain.

L’ouvrage sera lancé en présence des contributeurs et de la presse, le mercredi 28 octobre de 16 h 30 à 18 h 30, dans les jardins du palais Sursock-Cohrane, dans ce lieu qui symbolise à lui seul, les ravages subis par le Patrimoine libanais.

L’ouvrage sera disponible à la vente le jour du lancement et dès samedi 31 octobre au prix de 150 000 LL dans les branches (hors-mall) de la Librairie Antoine qui a gracieusement offert son réseau de distribution, ainsi qu’auprès des points de collecte suivants, le Kudeta à Badaro et la Casa Lounge , Avenue de l’Indépendance.

Il sera également disponible à l’achat en broché à l’étranger au Canada et les USA dans quelques jours sur : bouquinbec.ca (Impression sur demande)
Et en France pour la France et l’Europe sur : pumbo.fr (Impression sur demande)

Les recettes iront à 6 ONG actives sur le terrain à Beyrouth:
Afel Liban AL MAJAL Live Love Beirut Expertise Erasmus arcenciel.aec et Faire Face Cancer

Le Liban, un foyer de dialogue… Est-ce une utopie?

Dr. Pamela Chrabieh

Le Liban, un foyer de dialogue… Est-ce une utopie? Si en tant que peuple nous abandonnons ce rêve alors oui… En dépit de nos souffrances et mémoires meurtries, nous ne pouvons pas nous résigner. Il va falloir continuer à faire scintiller nos lumières, tant individuellement que collectivement. Un peuple qui lutte ne meurt pas!
الشعب الذي يكافح ويقاوم من أجل تقرير مصيره لا يموت.

Liban, avons-nous perdu notre dernière chance?

Le conseil des ministres et une poignée de députés ont démissionné suite au cataclysme de Beyrouth, alors que les mêmes mafias et seigneurs de la guerre s’accaparent le pouvoir.

Justice doit être faite, et les pires châtiments doivent être infligés à ces odieux tyrans, nérons, sangsues, sanguinaires, inhumains, ces lucifers qui mentent impunément et qui se cachent derrière et instrumentalisent les “légitimes” souffrances de centaines de milliers d’humains qui ne méritent pas l’hécatombe. 

Mais comment cette justice adviendra-t-elle lorsque d’une part, des citoyens-nes expriment leur souffrance, leur compassion, leur convivialité, leur courage, et leur espoir en un meilleur lendemain en balayant les débris, en venant en aide aux sinistrés, en recherchant les disparus, en manifestant dans les places publiques, en témoignant pour la justice et la paix, etc.; et d’autres demeurent adeptes de la violence, et sont prêts à exterminer virtuellement et physiquement ceux qui opposent leurs zaims? Comment cette justice – et ainsi mémoire et histoire – adviendra-t-elle, lorsque “l’autre” n’est plus adversaire occasionnel, mais ennemi de nature qu’il faudrait éradiquer? 

Mes larmes coulent à la vue de la division des Libanais-es, à la vue du sang qui coule, des gaz lacrymogènes, et des cris des familles des victimes, à la vue des luttes au corps à corps et de la montée aux extrêmes. 

J’avais encore un brin d’espoir que le crime ultime, ce crime contre l’humanité qui eut lieu le 4 août, puisse rassembler tous les Libanais-es autour d’une action commune, un projet commun, du moins une colère commune face à des dirigeants qui n’ont fait que couler le titanic et ouvert les portes de l’enfer.

Cet espoir n’existe plus… Car pire que les dirigeants despotiques est un peuple sclérosé. Et tant qu’une partie du peuple ne tolère que la servitude, la corruption et le meurtre, nous ne pourrons faire et écrire librement notre histoire. Nous serons condamnés à revivre un passé sanglant, et nous ne créerons que des présents et avenirs apocalyptiques. 

Nous avions une dernière chance pour nous unir dans notre diversité, pour nous rencontrer là où la politique divise pour justement transcender cette division. L’avons-nous perdue? 

Book Reviews: The Social Life of Memory. Violence, Trauma and Testimony in Lebanon and Morocco.

Norman Saadi Nikro and Sonja Hegasy, eds. The Social Life of Memory. Violence, Trauma, and Testimony in Lebanon and Morocco. Palgrave, 2017.

The volume is a part of a book series exploring the relationship between cultural heritage and conflict. It derives from the research project Transforming Memories: Cultural Production and Personal/Public Memory in Lebanon and Morocco (2012-2014). The volume brings together scholars from various theoretical backgrounds, including social anthropology, geography, comparative literature, Middle Eastern studies and cultural studies, to contribute to the field of social-memory studies. The key theme of the volume is the different meanings of memory in its relations with time and place. In eight chapters, the reader finds examples from literature, journalism, films and urban landscapes that constitute the social life of memory in various aesthetic forms, political mobilization and intergenerational relationships.

In the introductory chapter, the editors provide a rationale for studying Morocco and Lebanon together. Despite their distinct political and social contexts, Morocco and Lebanon have similar experiences of violence that were often characterized by enforced disappearance and direct clashes. The editors argue that, despite the different trajectories of the respective postcolonial histories of Lebanon and Morocco, the people in both countries have experienced repeated violence, patterns that persist despite many positive initiatives in education, cultural production, the economy and public welfare. In both Lebanon and Morocco, the political situations are characterized by protest movements of new generations, who discover new forms of preserving and transforming memory in both private and public realms. These practices show that dealing with the past is not a prerogative of the states and cannot be limited to formal practices of commemoration.

Chapter two suggests a novel understanding of waiting as a prolongation of violence after the period of political repressions during the reign of Morocco’s Hassan II between 1961 and 1999, known as the Years of Lead. On the other hand, waiting is also conceptualized as a political position taken by the family members of the disappeared. By giving a detailed account of one disappeared political activist’s and his family’s experience of waiting, Laura Menin brings to the fore the potential of waiting as a form of protest and political mobilization. She shows the multiple meanings of waiting in order to capture the effects of the politics of disappearance.

Temporality is a key theme in the intergenerational transformation of memory. Chapters seven through nine approach what Marianne Hirsch calls “postmemory” from different perspectives, partly through the storytelling and testimony of older generations who bear witness and new generations that have different (if any) knowledge about what happened. The authors show how sectarian narratives reveal different layers of memories (within family, political parties and sectarian communities, cultural memories and students’ own reinterpretations) and influence the intergenerational transformation of memory.

In Chapter nine, dealing with local activism in the Rif region of Morocco, postmemory takes another form. The narratives of those who experienced and participated in uprisings (including the uprisings in 1984 and 1987, known as the Bread riots) constitute a foundational ground for the contemporary activism both in Morocco and among the Moroccan Berber diaspora.

The comparative mode of the volume emerges in the two empirical contexts of Morocco and Lebanon and within the conceptual level. The foundational conceptual discrepancy originates from Pierre Nora’s thesis that memory has become concentrated as lieu, that is a formal practice of commemoration. Contrary to Nora’s thesis, the contributors to the volume suggest that their research shows, firstly, how different social and cultural practices put forward a broader understanding of memory as social environment or milieu. Secondly, they suggest that memory takes place as tensions between lieu and milieu, i.e. tension between official practice of commemoration and other practices of preserving memory that are initiated in societies.

Several chapters of the volume contribute to the field of memory studies by bringing a critical perspective on the ways that memory is understood and how the past may be reinterpreted through the future. A number of “how” questions are stated in order to specify the focus of the volume: e.g., “how emerging, local practices of social exchange and cultural production involve re-socializations of memories of trauma and violence” (p.8).

The diverse theoretical backgrounds of the contributors lead to various methodologies being applied and some authors are more transparent with the way they approach the material than others. Pamela Chrabieh in Chapter seven is particularly clear, while the others are less well articulated—Chapter three is an example. Some chapters are more theoretically substantive than others, which augments their contribution. Chapter eight, written by Norman Saadi Nikro, offers an excellent example bridging the conceptual and empirical domains, as he analyzes interviews of an older generation conducted by high-school students within the oral history project Badna Naaref (we want to know) through the relational prism of bearing witness.

Even though each chapter provides insight into the studied contexts, it may be challenging to draw conclusions about the conceptual relevancy of individual experiences, works of art and other examples for a broader context of managing postcolonial history. Moreover, the volume offers controversial and diverging evaluations of one and the same entity, including, for example, the Moroccan Equity and Reconciliation Commission (ERC). While Laura Menin focuses on the shortcomings of the ERC’s failure to name the perpetrators and the absence of criminal prosecution, Sonja Hegasy and Brahim El Guabli describe the positive effects of the ERC on the Moroccan civil society, media landscape and its potential for bringing mnemonic justice. Those different approaches to the same process exemplify the core thesis of the volume. The chapters of the book do not provide guidelines for historical judgements, instead they show the multiple ways of interpreting and engaging with the past, where it is not truth that shapes the history, but the future and its needs.

The overall impression of the book is positive. Contributing to social-memory studies, the volume is also a contribution to the transitional justice literature. Even though the concept of memory takes central place, the chapters reflect on problems of justice, forgiving and living together. The book attempts to bridge gaps between the theoretical concepts and practice, where individual experiences from real people give a face and voice to the abstract notions of memory and history, time and place. After reading the volume, reader gets a palette of different meanings of memory as a social practice, as an event. Having shown different examples of the social life of memory in postcolonial Morocco and Lebanon, the authors succeed in elucidating the idea of memory as milieu and show the tensions between the formal official account of memory and radical social and political practices.

That said, in order to grasp the multifaceted contexts, methodological and conceptual nexuses, the reader would benefit from being familiar with the Moroccan and Lebanese contexts before reading the volume. Moreover, I wish there were more interaction between the chapters, specifically within the introductory chapter. Different methodological and theoretical explanations leave an impression of incoherency. Although the separate chapters have value in themselves, they are not happily assembled in one book. Alternatively, there could have been a concluding chapter that would tie together all the various ideas and projects the volume contains.

ALEXANDRA LEBEDEVA
Uppsala University– Source: historicaldialogues.org/2020/02/05/book-review-the-social-life-of-memory-violence-trauma-and-testimony-in-lebanon-and-morocco/

Book Review 2: (March 2019):Imai, H. (2019). In: International Sociology34 (2), 178–180.

Ala’ Abou Fakhr, martyr de la révolution, martyr national – article dans l’Orient-le-Jour

Lire l’article complet sur le site de L’Orient-le-Jour

Le meurtre du révolutionnaire Ala’ Abou Fakhr devant son épouse et son fils a ravivé dans ma mémoire le décès de mon beau-père Gebran Badine qui fut assassiné en Irak en 2004. Dans un article que j’avais publié en 2007 dans Scriptura (Université de Montréal), je posais à l’époque les questions suivantes : « Qui est Gebran ? (et donc, qui est Ala’ ?). Vaut-il la peine d’être remémoré ? Sa mort, à l’instar de beaucoup d’autres, compte-t-elle sur l’échiquier national ? »

Depuis des décennies, les meurtres et massacres perpétrés au Liban et dans la région de l’Asie de l’Ouest ne sont plus que des événements relégués aux oubliettes, des concours de circonstances, des accidents faisant partie du lot dit normal de la guerre et des révolutions. En ce sens, la mort de Gebran, de Ala’ et de bien d’autres encore ferait partie de l’ordre des choses, du cycle de la vie et de la mort. Elle ferait partie des tragédies enfouies dans les méandres de l’histoire, jugées par des politiciens, des historiens, des institutions médiatiques et des peuples entiers, inaptes à porter le qualificatif de mal absolu, d’horreur extrême, et donc inaptes à être même pointées du doigt. Or toute guerre constitue un génocide, et tout être humain ayant péri de la folie meurtrière vaut la peine d’être remémoré, pour que justement cesse cette folie.

Au Liban, il est habituellement demandé tant aux enfants qu’aux adultes de ne pas revenir sur le passé, de taire les blessures, de se murer dans un mutisme approbateur de la fatalité du destin, privilégiant la survie sociale et politique à la survie psychique et humaine. La société entière est soumise aux chuchotements et à l’autocensure qui font que la moindre pensée subversive est automatiquement réprimée. Cette omerta, ou loi du silence, est renforcée au niveau national par l’auto-amnistie des leaders de la guerre en 1991. En effet, la loi

n° 84 du 26 août 1991 a voulu voiler le passé récent en accordant une amnistie aux criminels pour tous les actes commis avant le 28 mars 1991. Cette loi fut élaborée en fonction de critères politiques et non des droits de l’homme. Les « seigneurs de la guerre » – expression utilisée en politologie libanaise – ont fait en sorte que leurs crimes soient oubliés. Or suffit-il d’affirmer que le passé n’existe plus en droit pour qu’il cesse d’exister dans la réalité et les consciences, pour que victimes et bourreaux se valent ?

L’oubli n’est qu’une illusion, le temps nous rattrape à grandes enjambées et la souffrance nous descend, même si nous tentons de fuir. « Gare au retour du refoulé ! » avait prévenu un célèbre architecte libanais lors d’une conférence en février 2004 intitulée « Le centre-ville, exploit ou fracture ? ». Comment tourner la page sur des milliers de morts, de blessés, de disparus, de déplacés, de prisonniers, d’émigrés forcés, de destructions, d’horreurs? Comment dépasser la peur qui marque sa présence et la dépression qui suit la fin de l’espoir ? Comment envisager ce qui sera sans tenir compte de ce qui a été ?

« Je désire savoir où sont les choses futures et passées, si l’on peut dire qu’elles sont. Si cette connaissance est au-dessus de moi, au moins je suis assuré qu’en quelque lieu qu’elles soient, elles n’y sont ni futures ni passées, mais présentes, puisque si elles y sont futures, elles n’y sont pas encore, et que si elles y sont passées, elles n’y sont plus. »

Aux interrogations de saint Augustin, dans les Confessions (livre XI, chapitre XVII), répondent certaines certitudes : si l’avenir n’est pas encore et si le passé n’est plus, celui-ci n’est pas sans influencer celui-là. En ce sens, un avenir pacifié ne peut être envisageable si la politique de la tabula rasa relevant de la terre brûlée est adoptée. Celui-ci requiert la reconnaissance de la douleur en la muant en souvenir fondateur qui puisse nous en affranchir, notamment en construisant une mémoire individuelle et collective de la guerre. Dans cette perspective, la parole ou la mise en récit de l’événement traumatique occupent une place centrale dans le processus thérapeutique qui constitue la base du processus de « peacebuilding » – construction de la paix. Donner un espace de parole, d’où l’on peut s’exprimer en toute sécurité et liberté, est indispensable pour passer de la simple reviviscence à la représentation, du souvenir au « ressouvenir » – un terme utilisé par Amin Maalouf et qui signifie une réécriture, un déchiffrage, un dévoilement, un travail de critique et d’autocritique (intériorisation), un projet herméneutique, un travail de deuil, un acte refondateur, une transformation – pour qu’on puisse dire les blessures, leur attribuer un sens, les comprendre et vivre avec.

En ce sens, le principe « œil pour œil, dent pour dent », ou la culture de la vendetta, devrait être remplacé par un processus réparateur impliquant toutes les parties, constituant une manière puissante d’aborder non seulement les préjudices matériels et physiques causés par les crimes, mais aussi les préjudices sociaux, psychologiques et relationnels. Cette démarche est centrée sur la victime, et la communauté et le dialogue en sont les éléments centraux. Le but n’est pas la vengeance, mais que la vérité soit connue et qu’une reconnaissance publique soit officiellement sanctionnée. Les auteurs de crimes de guerre et de tout crime ont beau répéter que personne n’entendra les victimes, que personne ne se soucie d’elles, que personne ne le saura jamais… D’où la nécessité de faire face à ce que le journaliste Lawrence Weschler qualifie d’« instant primordial » : « Qui était là ? Qui criait ? Qui se tenait aux côtés de la victime et que faisaient-ils ? Qui encore maintenant oserait écouter ses cris ? Qui souhaite le savoir ? Qui sera tenu responsable ? Et qui leur en demandera des comptes ? »

Source: https://www.lorientlejour.com/article/1195118/ala-abou-fakhr-martyr-de-la-revolution-martyr-national.html

Du choc des titans et de la culture de la guerre

Mon article paru ce matin dans l’Orient-le-Jour (Beyrouth – Liban) sur la nécessité de déconstruire la culture de la guerre et d’édifier une culture de la paix. C’est le énième article que je publie sur ce sujet depuis les années 90. La guerre est continue au Liban. Elle n’est pas que physique, elle est surtout psychologique et culturelle.

Voilà des années que le Liban vit au rythme de guerres de paroles, de mémoires meurtries, d’identités meurtrières, d’autoritarisme et de crises sociopolitique, économique et environnementale.

Dans cette saga libanaise aux allures de choc de titans, les héros ont bel et bien disparu, laissant la place aux fanatiques, démagogues, corrompus, méduses, sorcières du Styx, montagnes de détritus, scorpions monstrueux, sacrifices humains et maléfices de Hadès.

Près de trois décennies après la fin des combats, il est triste de constater que le pays n’est pas en mode « postguerre ». En fait, la guerre est continue, et les leçons qui auraient dû être tirées n’ont pas pu l’être, justement parce qu’une véritable construction de la paix n’a pas eu lieu, et ce en dépit des initiatives de certains groupes et individus œuvrant pour la convivialité et un système sociopolitique aconfessionnel assurant l’unité dans la diversité des voix(es) libanaises. Une chose est de faire taire les canons, de faire disparaître les frontières territoriales et de constamment faire miroiter bonheur et prospérité ; une autre est de renouer le contact entre les communautés et d’établir des liens solides au-delà des dissensions et des clivages.

Comment penser et vivre une catharsis salutaire lorsque le Kraken de la culture de la guerre constitue la toile de fond du Liban contemporain? Cette culture s’impose comme réalité du quotidien physique et virtuel. Avec son cortège de djinns et de démons, elle enflamme les esprits, sème la zizanie et ravage les vies. Elle est à la fois le produit et le producteur de choc de titans, un cercle vicieux formé d’oppresseurs et d’opprimés, d’accapareurs de pouvoir, de démunis et de boucs émissaires.

Chaque instant qui passe sous l’emprise de la culture de la guerre creuse davantage le fossé entre Libanais, sanctifie l’assassinat du semblable et du différent, transforme le meurtre en devoir, banalise les suicides individuel et collectif, et interdit toute réflexion critique, toute évolution et toute richesse émanant de la diversité.

Tant que la culture de la guerre sévit dans les cœurs, les criminels continueront de perpétrer leurs crimes et les victimes de mourir par omission. Tant que cette culture existe, l’étripage des dieux se poursuivra. Tant que l’hégémonie culturelle est celle de la guerre et non de la paix, on ne pourra garder l’espoir face aux bouchons inextricables du passé et à la léthargie étouffante du présent, révéler les non-dits, muer la douleur en souvenir fondateur et retenir la principale leçon de la guerre, de toute guerre : qu’elle ne se reproduise plus.

SOURCE: https://www.lorientlejour.com/article/1157956/du-choc-des-titans-et-de-la-culture-de-la-guerre.html

Beirut is bleeding, again!

pamela-chrabieh-beirut (225x224)Why do humans do terrible things to each other? This is a question I asked my parents when I was a child trapped in a shelter, afraid of the bombs, the snipers and the breaking news gloomy sounds. A question I ask myself every day following the massacres taking place throughout the Southwestern Asian region… A question I ask tonight…

Beirut is bleeding, again! A pair of suicide bombings killed at least 45 people and wounded over 200. Many blame the religious indoctrination of young ignorant and damaged individuals who are promised eternal pleasures in heaven. Some would say humans are inherently evil or would compare modern day murderers to primitive barbarous humans. Others would blame it on the quest for survival, for power, or believe that we become enthused zealots who want to destroy the evil that threatens our groups, the people we love, who share our genes, our religious beliefs, our political affinities, our social-economic background… We fight because we are insane, we do the same thing over and over again and expect different results – quoting Einstein –, because we claim absolute authority and want to impose our own beliefs on what we consider as nonbelievers and dissidents alike, or because it simply feels good!

Tonight, I am filled with horror at images of people torn to shreds by those who turned themselves into incendiary devices. I am filled with sadness as I think of all the victims and their families. I still cannot find a satisfying answer to THE question. And blaming each other of religious fanaticism, impiety or incorrect faith won’t help.

The current situation in Lebanon, Syria, Iraq and Palestine, the ancient Land of Canaan with its rich history and its major achievements from the invention of the writing system and the alphabet to outstanding developments in sciences, philosophy and arts, promises nothing more than the road to hell.

Tonight, we mourn the loss of so many lives. Tomorrow, we go out, spirits lifted again, to make this country a better place for us and our children.