Du choc des titans et de la culture de la guerre

Mon article paru ce matin dans l’Orient-le-Jour (Beyrouth – Liban) sur la nécessité de déconstruire la culture de la guerre et d’édifier une culture de la paix. C’est le énième article que je publie sur ce sujet depuis les années 90. La guerre est continue au Liban. Elle n’est pas que physique, elle est surtout psychologique et culturelle.

Voilà des années que le Liban vit au rythme de guerres de paroles, de mémoires meurtries, d’identités meurtrières, d’autoritarisme et de crises sociopolitique, économique et environnementale.

Dans cette saga libanaise aux allures de choc de titans, les héros ont bel et bien disparu, laissant la place aux fanatiques, démagogues, corrompus, méduses, sorcières du Styx, montagnes de détritus, scorpions monstrueux, sacrifices humains et maléfices de Hadès.

Près de trois décennies après la fin des combats, il est triste de constater que le pays n’est pas en mode « postguerre ». En fait, la guerre est continue, et les leçons qui auraient dû être tirées n’ont pas pu l’être, justement parce qu’une véritable construction de la paix n’a pas eu lieu, et ce en dépit des initiatives de certains groupes et individus œuvrant pour la convivialité et un système sociopolitique aconfessionnel assurant l’unité dans la diversité des voix(es) libanaises. Une chose est de faire taire les canons, de faire disparaître les frontières territoriales et de constamment faire miroiter bonheur et prospérité ; une autre est de renouer le contact entre les communautés et d’établir des liens solides au-delà des dissensions et des clivages.

Comment penser et vivre une catharsis salutaire lorsque le Kraken de la culture de la guerre constitue la toile de fond du Liban contemporain? Cette culture s’impose comme réalité du quotidien physique et virtuel. Avec son cortège de djinns et de démons, elle enflamme les esprits, sème la zizanie et ravage les vies. Elle est à la fois le produit et le producteur de choc de titans, un cercle vicieux formé d’oppresseurs et d’opprimés, d’accapareurs de pouvoir, de démunis et de boucs émissaires.

Chaque instant qui passe sous l’emprise de la culture de la guerre creuse davantage le fossé entre Libanais, sanctifie l’assassinat du semblable et du différent, transforme le meurtre en devoir, banalise les suicides individuel et collectif, et interdit toute réflexion critique, toute évolution et toute richesse émanant de la diversité.

Tant que la culture de la guerre sévit dans les cœurs, les criminels continueront de perpétrer leurs crimes et les victimes de mourir par omission. Tant que cette culture existe, l’étripage des dieux se poursuivra. Tant que l’hégémonie culturelle est celle de la guerre et non de la paix, on ne pourra garder l’espoir face aux bouchons inextricables du passé et à la léthargie étouffante du présent, révéler les non-dits, muer la douleur en souvenir fondateur et retenir la principale leçon de la guerre, de toute guerre : qu’elle ne se reproduise plus.

SOURCE: https://www.lorientlejour.com/article/1157956/du-choc-des-titans-et-de-la-culture-de-la-guerre.html

Beirut is bleeding, again!

pamela-chrabieh-beirut (225x224)Why do humans do terrible things to each other? This is a question I asked my parents when I was a child trapped in a shelter, afraid of the bombs, the snipers and the breaking news gloomy sounds. A question I ask myself every day following the massacres taking place throughout the Southwestern Asian region… A question I ask tonight…

Beirut is bleeding, again! A pair of suicide bombings killed at least 45 people and wounded over 200. Many blame the religious indoctrination of young ignorant and damaged individuals who are promised eternal pleasures in heaven. Some would say humans are inherently evil or would compare modern day murderers to primitive barbarous humans. Others would blame it on the quest for survival, for power, or believe that we become enthused zealots who want to destroy the evil that threatens our groups, the people we love, who share our genes, our religious beliefs, our political affinities, our social-economic background… We fight because we are insane, we do the same thing over and over again and expect different results – quoting Einstein –, because we claim absolute authority and want to impose our own beliefs on what we consider as nonbelievers and dissidents alike, or because it simply feels good!

Tonight, I am filled with horror at images of people torn to shreds by those who turned themselves into incendiary devices. I am filled with sadness as I think of all the victims and their families. I still cannot find a satisfying answer to THE question. And blaming each other of religious fanaticism, impiety or incorrect faith won’t help.

The current situation in Lebanon, Syria, Iraq and Palestine, the ancient Land of Canaan with its rich history and its major achievements from the invention of the writing system and the alphabet to outstanding developments in sciences, philosophy and arts, promises nothing more than the road to hell.

Tonight, we mourn the loss of so many lives. Tomorrow, we go out, spirits lifted again, to make this country a better place for us and our children.