Ala’ Abou Fakhr, martyr de la révolution, martyr national – article dans l’Orient-le-Jour

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Le meurtre du révolutionnaire Ala’ Abou Fakhr devant son épouse et son fils a ravivé dans ma mémoire le décès de mon beau-père Gebran Badine qui fut assassiné en Irak en 2004. Dans un article que j’avais publié en 2007 dans Scriptura (Université de Montréal), je posais à l’époque les questions suivantes : « Qui est Gebran ? (et donc, qui est Ala’ ?). Vaut-il la peine d’être remémoré ? Sa mort, à l’instar de beaucoup d’autres, compte-t-elle sur l’échiquier national ? »

Depuis des décennies, les meurtres et massacres perpétrés au Liban et dans la région de l’Asie de l’Ouest ne sont plus que des événements relégués aux oubliettes, des concours de circonstances, des accidents faisant partie du lot dit normal de la guerre et des révolutions. En ce sens, la mort de Gebran, de Ala’ et de bien d’autres encore ferait partie de l’ordre des choses, du cycle de la vie et de la mort. Elle ferait partie des tragédies enfouies dans les méandres de l’histoire, jugées par des politiciens, des historiens, des institutions médiatiques et des peuples entiers, inaptes à porter le qualificatif de mal absolu, d’horreur extrême, et donc inaptes à être même pointées du doigt. Or toute guerre constitue un génocide, et tout être humain ayant péri de la folie meurtrière vaut la peine d’être remémoré, pour que justement cesse cette folie.

Au Liban, il est habituellement demandé tant aux enfants qu’aux adultes de ne pas revenir sur le passé, de taire les blessures, de se murer dans un mutisme approbateur de la fatalité du destin, privilégiant la survie sociale et politique à la survie psychique et humaine. La société entière est soumise aux chuchotements et à l’autocensure qui font que la moindre pensée subversive est automatiquement réprimée. Cette omerta, ou loi du silence, est renforcée au niveau national par l’auto-amnistie des leaders de la guerre en 1991. En effet, la loi

n° 84 du 26 août 1991 a voulu voiler le passé récent en accordant une amnistie aux criminels pour tous les actes commis avant le 28 mars 1991. Cette loi fut élaborée en fonction de critères politiques et non des droits de l’homme. Les « seigneurs de la guerre » – expression utilisée en politologie libanaise – ont fait en sorte que leurs crimes soient oubliés. Or suffit-il d’affirmer que le passé n’existe plus en droit pour qu’il cesse d’exister dans la réalité et les consciences, pour que victimes et bourreaux se valent ?

L’oubli n’est qu’une illusion, le temps nous rattrape à grandes enjambées et la souffrance nous descend, même si nous tentons de fuir. « Gare au retour du refoulé ! » avait prévenu un célèbre architecte libanais lors d’une conférence en février 2004 intitulée « Le centre-ville, exploit ou fracture ? ». Comment tourner la page sur des milliers de morts, de blessés, de disparus, de déplacés, de prisonniers, d’émigrés forcés, de destructions, d’horreurs? Comment dépasser la peur qui marque sa présence et la dépression qui suit la fin de l’espoir ? Comment envisager ce qui sera sans tenir compte de ce qui a été ?

« Je désire savoir où sont les choses futures et passées, si l’on peut dire qu’elles sont. Si cette connaissance est au-dessus de moi, au moins je suis assuré qu’en quelque lieu qu’elles soient, elles n’y sont ni futures ni passées, mais présentes, puisque si elles y sont futures, elles n’y sont pas encore, et que si elles y sont passées, elles n’y sont plus. »

Aux interrogations de saint Augustin, dans les Confessions (livre XI, chapitre XVII), répondent certaines certitudes : si l’avenir n’est pas encore et si le passé n’est plus, celui-ci n’est pas sans influencer celui-là. En ce sens, un avenir pacifié ne peut être envisageable si la politique de la tabula rasa relevant de la terre brûlée est adoptée. Celui-ci requiert la reconnaissance de la douleur en la muant en souvenir fondateur qui puisse nous en affranchir, notamment en construisant une mémoire individuelle et collective de la guerre. Dans cette perspective, la parole ou la mise en récit de l’événement traumatique occupent une place centrale dans le processus thérapeutique qui constitue la base du processus de « peacebuilding » – construction de la paix. Donner un espace de parole, d’où l’on peut s’exprimer en toute sécurité et liberté, est indispensable pour passer de la simple reviviscence à la représentation, du souvenir au « ressouvenir » – un terme utilisé par Amin Maalouf et qui signifie une réécriture, un déchiffrage, un dévoilement, un travail de critique et d’autocritique (intériorisation), un projet herméneutique, un travail de deuil, un acte refondateur, une transformation – pour qu’on puisse dire les blessures, leur attribuer un sens, les comprendre et vivre avec.

En ce sens, le principe « œil pour œil, dent pour dent », ou la culture de la vendetta, devrait être remplacé par un processus réparateur impliquant toutes les parties, constituant une manière puissante d’aborder non seulement les préjudices matériels et physiques causés par les crimes, mais aussi les préjudices sociaux, psychologiques et relationnels. Cette démarche est centrée sur la victime, et la communauté et le dialogue en sont les éléments centraux. Le but n’est pas la vengeance, mais que la vérité soit connue et qu’une reconnaissance publique soit officiellement sanctionnée. Les auteurs de crimes de guerre et de tout crime ont beau répéter que personne n’entendra les victimes, que personne ne se soucie d’elles, que personne ne le saura jamais… D’où la nécessité de faire face à ce que le journaliste Lawrence Weschler qualifie d’« instant primordial » : « Qui était là ? Qui criait ? Qui se tenait aux côtés de la victime et que faisaient-ils ? Qui encore maintenant oserait écouter ses cris ? Qui souhaite le savoir ? Qui sera tenu responsable ? Et qui leur en demandera des comptes ? »

Source: https://www.lorientlejour.com/article/1195118/ala-abou-fakhr-martyr-de-la-revolution-martyr-national.html

عن الحوار الإسلامي المسيحي، ذاكرة الحرب وبناء السلام في لبنان

Interested in the subject on Interfaith Dialogue, War Memory and Peacebuilding? This is the full version of my article, and you can have access to the PDF file on Telos’ site: https://www.telosmagazine.org/

Artist Pamela Chrabieh’s “Peace Collection” in Indelible Dubai

I was born and raised in the 1970s-1980s war in Lebanon. My experience as a war survivor has marked my writing and art, as has fueld my quest for peace. As I see it, peace is not only about ceasefires, the end of bloodshed, the absence of hostilities, and a state of mutual concord between governments, as war is both “physical” and “psychological”. Peace is about accountability for violence, openness, generosity, clemency, and catharsis. Peace is and should be a transformation process within mindsets, a celebration of interconnected life and unity in the diversity of complex identities. As long as the legacy of violence is not addressed within ourselves and our societies, we will remain lost, cut off from connection, living in a never-ending apocalypse of carnages and tortured souls and bodies.

Dr. Pamela Chrabieh is a scholar, writer, visual artist, and activist. Author of several books and papers with a 20+ year experience in higher education, communication, content creation, and the arts, she has exhibited her artworks in Canada, Lebanon, the United Arab Emirates and Italy. Previously Associate Professor of Middle Eastern Studies at the American University in Dubai, she currently owns and manages a Beirut-based company offering expertise in Learning and Communication. 
http://pamelachrabiehblog.com and http://spnc.co

Source: Indelible

The Social Life of Memory: Violence, Trauma, and Testimony in Lebanon and Morocco

Saturday, 2nd March 2019 Magazine of the European Observatory on MemoriesISSN 2565-2931 | DL B 27726-2017

Nikro, Norman Saadi; Hegasy, Sonja (Eds.). Palgrave, 2017

By Tsjalling Wierdsma, Master Student on Heritage and Memory Studies, University of Amsterdam. Fellow at EUROM (2018).

The Social Life of Memory: Violence, Trauma, and Testimony in Lebanon and Morocco, edited by Norman Saadi Nikro and Sonja Hegasy, is part of the larger Palgrave Studies in Cultural Heritage and Conflict Series, which focuses on themes such as heritage and memory of war and conflict, contested heritage, and competing memories. Contributors to the book include Joey Ayoub, Pamela Chrabieh, Brahim El Guabli, Ali Hamdan, Norah Karrouche, and Laura Menin. While the book focuses on the specific contexts of Lebanon and Morocco, in this short review I would like to reflect on some broader memory and heritage issues addressed in the book, while still keeping the particular contexts to which they refer and in which they were addressed in mind.

One of the main thematic parameters of the book concerns the interaction between, and “transformation of private memories into publicly shared memories, according to efforts claiming public acknowledgment and public redress” (2-3). Memory, in the process of this exchange, according to the authors of the book, “is acted on as a transformational site, a milieu, whereby social and political engagement takes place, situating memory as a public event” (3).

The book points to an interaction and tension between Nora’s famous concept of memory as lieu, as a memorial or other form of formal commemoration, and memory as the milieu. By addressing memory as milieu the book enables a focus on overlooked processes of memory that otherwise might not be classified as such. An example of this is given in Laura Menin’s chapter, in which she focuses on the process of waiting experienced by the families of victims of political violence that disappeared during the Years of Lead. Instead of viewing waiting as a purely passive process, she instead views it as a “multifaceted temporality that entails both passivity and proactive engagement” (27). Menin describes how waiting in this context is perceived as an additional state-imposed source of pain, trauma, and loss of agency, but simultaneously brings with it novel political subjectivities and specific modes of activism where personal memories of violence are re-socialized, made public, and act towards specific political and transformative goals (27).

Hariri Memorial | Picture: upyernoz, uploaded by Albert Herring [CC BY 2.0], via Wikimedia Commons

Chapters such as Ali Nehme Hamdan’s, which focuses on the Hariri mosque in Martyrs Square Beirut as a site of memory, highlight the usefulness of the concept milieu for engaging with the everyday “messy stuff of contention” (146). It further allows for a focus on the simultaneously conflicting and collective cultures of memory, without “assuming the centrality of the nation-state to their production” (146), which is necessary in a context such as Lebanon, but also more generally enables a focus that highlights the multiple actors and the ways in which they engage, negotiate, and create sites and spaces of memory. It allows for an engagement with the “many cultures of memory that coexist at any one time” (147), and not just at the level of the nation-state.

Pamela Chrabieh’s chapter, focusing on the war stories of university students in Lebanon belonging to the 1990’s generation, adds a generational component to these cultures of memory, and problematizes Hirsch’s notion of post-memory, stating that “many memories that were transmitted not only constitute the memories or are part of the ressouvenir processes of the new generations in their own right, but also intermingle with other memories to the point of not having clear boundaries” (189).

Chrabieh employs Rothberg’s concept of multidirectional memory, to enable a generational conception of a malleable discursive space in which groups, their memories, and their positions come into being through dialogical interaction. Similarly, Norah Karrouche’s chapter, detailing how local memories of war and violence in the Northern Riff region of Morocco have shaped the agencies and identities of several generations of Berber activists in both Morocco and its diaspora, shows how newer generations of activists can attempt to inscribe themselves into and simultaneously construct larger mythological and symbolic histories of activism. Like Chrabieh, Karrouche shows how multiple episodes of violence interact. Karrouche further discusses how these histories of activism can act as mythomoteurs, grand narratives about the specificity of a place in history and (trans)-national narratives (232-233). In combination, the two chapters however also highlight the large contextual differences in the generational transmission of memories.

The interaction and the contradictions between the different chapters is one of the book’s largest strengths. Instead of taking away from the individual arguments, these contradictions work to show the many nuances and contradictions attached to institutions, spaces, and milieus of memory, when approached from different levels of analysis and with different focus points.

SOURCE: EUROPEANMEMORIES.NET

Du choc des titans et de la culture de la guerre

Mon article paru ce matin dans l’Orient-le-Jour (Beyrouth – Liban) sur la nécessité de déconstruire la culture de la guerre et d’édifier une culture de la paix. C’est le énième article que je publie sur ce sujet depuis les années 90. La guerre est continue au Liban. Elle n’est pas que physique, elle est surtout psychologique et culturelle.

Voilà des années que le Liban vit au rythme de guerres de paroles, de mémoires meurtries, d’identités meurtrières, d’autoritarisme et de crises sociopolitique, économique et environnementale.

Dans cette saga libanaise aux allures de choc de titans, les héros ont bel et bien disparu, laissant la place aux fanatiques, démagogues, corrompus, méduses, sorcières du Styx, montagnes de détritus, scorpions monstrueux, sacrifices humains et maléfices de Hadès.

Près de trois décennies après la fin des combats, il est triste de constater que le pays n’est pas en mode « postguerre ». En fait, la guerre est continue, et les leçons qui auraient dû être tirées n’ont pas pu l’être, justement parce qu’une véritable construction de la paix n’a pas eu lieu, et ce en dépit des initiatives de certains groupes et individus œuvrant pour la convivialité et un système sociopolitique aconfessionnel assurant l’unité dans la diversité des voix(es) libanaises. Une chose est de faire taire les canons, de faire disparaître les frontières territoriales et de constamment faire miroiter bonheur et prospérité ; une autre est de renouer le contact entre les communautés et d’établir des liens solides au-delà des dissensions et des clivages.

Comment penser et vivre une catharsis salutaire lorsque le Kraken de la culture de la guerre constitue la toile de fond du Liban contemporain? Cette culture s’impose comme réalité du quotidien physique et virtuel. Avec son cortège de djinns et de démons, elle enflamme les esprits, sème la zizanie et ravage les vies. Elle est à la fois le produit et le producteur de choc de titans, un cercle vicieux formé d’oppresseurs et d’opprimés, d’accapareurs de pouvoir, de démunis et de boucs émissaires.

Chaque instant qui passe sous l’emprise de la culture de la guerre creuse davantage le fossé entre Libanais, sanctifie l’assassinat du semblable et du différent, transforme le meurtre en devoir, banalise les suicides individuel et collectif, et interdit toute réflexion critique, toute évolution et toute richesse émanant de la diversité.

Tant que la culture de la guerre sévit dans les cœurs, les criminels continueront de perpétrer leurs crimes et les victimes de mourir par omission. Tant que cette culture existe, l’étripage des dieux se poursuivra. Tant que l’hégémonie culturelle est celle de la guerre et non de la paix, on ne pourra garder l’espoir face aux bouchons inextricables du passé et à la léthargie étouffante du présent, révéler les non-dits, muer la douleur en souvenir fondateur et retenir la principale leçon de la guerre, de toute guerre : qu’elle ne se reproduise plus.

SOURCE: https://www.lorientlejour.com/article/1157956/du-choc-des-titans-et-de-la-culture-de-la-guerre.html

Théologies de la réconciliation

THÉOLOGIQUES

Volume 23, numéro 2, 2015 (publié en décembre 2017; disponible en ligne dès janvier 2018): https://www.erudit.org/fr/revues/theologi/2015-v23-n2-theologi03341/#

Théologies de la réconciliation
Sous la direction de Denise Couture et Jean-François Roussel

Direction de la revue: Alain Gignac (Directeur)
Éditeur: Faculté de théologie et de sciences des religions, Université de Montréal (QC – Canada)
ISSN1188-7109 (imprimé)1492-1413 (numérique)

ARTICLES:

Théologies chrétiennes de la réconciliation à l’heure de la Commission vérité et réconciliation du Canada
Denise Couture et Jean-François Roussel p. 7–30

La Commission de vérité et réconciliation du Canada sur les pensionnats autochtones : Bilan et prospective
Jean-François Roussel p. 31–58

Les Églises, la théologie et les Autochtones : De la réconciliation à la décolonisation
Michel Andraos p. 59–73

Le salut comme réconciliation
Jean Richard p. 75–101

La réconciliation chez Paul (2 Co 5,11–6,2 ; Rm 5,1-11) : Perspective discursive et socio-politique
Alain Gignac p. 103–131

La mission de l’Église : Réconciliation de l’humanité désunie
Gregory Baum p. 133–148

Pour des réconciliations ecclésiales, religieuses et personnelles : Les communautés locales de Poitiers et la confiance
Rémi Lepage p. 149–164

La réconciliation comme mission : De l’usage théologique de la notion de réconciliation par le décret sur la mission de la 35e Congrégation générale de la Compagnie de Jésus
André Brouillette S.J. p. 165–183

Les alliances interethniques en Afrique de l’Ouest : Nouvelles stratégies de réconciliation
Zaoro Hyacinthe Loua S.J. p. 185–201

Rôle de la femme dans la société et dans l’Église : Pour une justice et une réconciliation durables en Afrique
Albertine Tshibilondi Ngoyi p. 203–228

Pratiques de réconciliation au Liban : Un état des lieux
Pamela Chrabieh p. 229–252 

Entre le devoir de pardonner et le droit de ne pas pardonner
Karlijn Demasure et Jean-Guy Nadeau


PAMELA CHRABIEH

Résumé
Bien que les pratiques de réconciliation connaissent une longue histoire au Liban, celles-ci se diversifient à partir des années 1990. Elles constituent un important objet d’étude pour de nombreux académiciens et académiciennes ainsi que chercheurs et chercheuses ; elles sont devenues la cause commune d’une pléthore d’organismes non-gouvernementaux, d’associations civiles, de mouvements sociaux et d’artistes. Le thème de la réconciliation des Libanais et Libanaises sert aussi de cadre pour le discours politique. Cet article présente un état des lieux de ces pratiques en traitant premièrement de la relation de la réconciliation au dialogue interreligieux puis de la relation de la réconciliation à la mémoire nationale. Il présente par la suite certains exemples au sein de la société civile et identifie en conclusion quelques pistes de réflexion.

Abstract
Although reconciliation practices have a long history in Lebanon, they have been diversifying since the 1990s. Furthermore, they have become an important object of study for many scholars and researchers, and the common cause for numerous non-governmental organizations, civic associations, social movements and artists. The theme of reconciliation also serves as a framework for political discourse. This article presents first an overview of these practices by tackling the relationship between reconciliation, interreligious dialogue and national memory. It then highlights some examples found in the Lebanese civil society. It finally suggests some avenues to be explored.

من الحرب إلى التربية على السلام

pamela-chrabieh-el-machreq-online-peace-education
With my students – Interreligious field trip at Sheikh Zayed Mosque, Abu Dhabi

الدكتورة باميلا شرابيه

ولدتُ ونشأتُ وقتَ الحرب في لبنان، وقد ساهمت هذه التجربة في تكوين هويّتي، كما هي الحال مع معظم المواطنين اللبنانيّين. ولولا حبّ أهلي وانفتاحهم على الآخر، وخبراتي ودراساتي في الحوار الدينيّ والثقافيّ والإنسانيّ، لكنت من عداد الذين يعيشون في غيتوهات الهويّات المتصارعة – كما وصفها الروائيّ أمين معلوف[1] -، ويؤمنون في الصفحة البيضاء ومنافع فقدان الذاكرة الفرديّة والجماعيّة. قد تعلّمت بناء السلام من خلال فعل السلام وهذا الفعل في الأوساط الرسميّة وغير الرسميّة دفعني إلى إنتاج معرفة عن السلام ومنهج تعليميّ في السياق الجامعيّ.

وفقًا لإيان م. هاريس، تشير التربية على السلام “إلى المعلّمين الذين يدرسون السلام: ما هو عليه، لماذا لا وجود له، وكيفيّة تحقيقه. ويشمل ذلك تدريس تحدّيات تحقيق السلام، وتطوير المهارات  اللاعنفيّة، وتعزيز المواقف السلميّة. إنّ للتربية على السلام أربعة مبادئ رئيسيّة: 1) أنّها تفسّر جذور العنف؛ 2) تعلّم بدائل للعنف؛ 3) السلام نفسه هو عمليّة تختلف وفقًا للسياق. 4) الصراع في كلّ مكان”[2]. في مقال آخر، يشرح هاريس وجهة نظره من خلال القول بأنّ التربية على السلام “تستمدّ من فطرة الإنسان للعيش بسلام مع الآخرين، وتؤكّد القيم السلميّة التي يجب أن يقوم عليها المجتمع، وتمكّن المعلّمين من استخدام مهاراتهم المهنيّة لتعليم طلّابهم على السلام”[3].

وقد أعرّف التربية على السلام بالآتي: تتكوّن هذه التربية من مقاربات تربويّة ضمن منهاج يعتمد في المدارس والجامعات ومبادرات من قبل أفراد وجماعات غير معنيّين في النظام التعليم الرسميّ الخاصّ والعامّ. وتهدف هذه التربية إلى صقل معرفة ثقافة السلام وممارساتها. لا يستطيع المدرّسون فعل الكثير في الصفّ لأجل تخفيف أسباب الحرب الاقتصاديّة والسياسيّة، ولكن يمكنهم أن يساهموا في ضبط العوامل النفسيّة التي تدعم العنف، وفي تفكيك الأحكام المسبقة، وفي تفعيل الحوار وتعزيز الاحترام المتبادل وبناء الجسور بين الفوارق. تولد الحروبُ في العقل البشريّ ومن هنا أهميّة التربية على السلام التي تؤدّي دوراً في تغيير العقليّة، كما جاء في الميثاق التأسيسيّ لليونسكو:”لمّا كانت الحروب تتولّد في عقول البشر، ففي عقولهم يجب أن تُبنى حصون السلام”.[4]

إنّ التربية على السلام في لبنان مدعومة من قبل منظّمات غير حكوميّة، كما من قبل بعضهم في القطاع الفنيّ والثقافيّ، ولبنانيّين في المهجر. وثمّة بعض المبادرات في المدارس مثل نشاطات فنيّة ومخيّمات صيفيّة. وتعتبر التربية على السلام ظاهرة نادرة في الإطار الجامعيّ. هناك استثناءات بحيث يتمّ ربط التربية على السلام بالحوار بين الأديان كما في جامعة القدّيس يوسف. ويتّفق جميع الأفرقاء على ضرورة تعميم ثقافة السلام، خاصّةً في وضع يغيب عنه أيّ مشروع وطنيّ لبناء ذاكرة حرب مشتركة ونشر كتاب تاريخ لبنان موحّد يعتمد في المدارس وكسر حلقة الحرب وبناء سلام مستدام.

وقد بيّنت نتائج أبحاثي في الأوساط الجامعيّة والمدرسيّة في لبنان (٢٠٠٤-٢٠١٤) أنّ الأجيال الصاعدة تحتاج إلى اهتمام خاصّ بصفتها الأجيال التي ترث تجربة العنف وتحوّلها إلى معرفة تاريخيّة مطلقة – وهنا يكمن خطر توظيف التاريخ، هذا الأمر الذي حذر منه المؤرّخ بينجامين ستورا في كتابه عن الاستعمار الفرنسيّ في الجزائر. ففي نظر ستورا، تستعمل أفكار من الماضي من دون إعادة النظر فيها ويتحكّم سياسيّون فيها ويبقون مخيال المجتمع مُرتبطًا بها، ويحافظون إذاً على نمط واحد من هذا المخيال[5]. من هنا يمكن الماضي أن يجمد وسلسلة الانتقام أن تخلّد ضمن أسطورة راسخة. إنّ التربية على السلام تساعد على أن يستوعب الماضي في تعقّده التاريخيّ وعلى توسيع فسحات العيش المشترك وإكثارها.

قد كوّنتُ منهجًا تربويًّا يُعنى بالسلام في كندا ولبنان والإمارات. وقد فعّلت نظريّة بناء السلام من خلال نشاطات مختلفة مثل ورش عمل لحلّ النزاعات، ورحلات ميدانيّة ومشاريع إعلاميّة رقميّة وأعمال فنيّة عن الحرب والسلام ولقاءات حواريّة إلخ. – نشاطات تساهم في عمليّة اختبار الغير المألوف والاحترام المتبادل وإدارة التنوّع[6]. وقد عبّر الكثير من الطلّاب عن اكتسابهم معرفة بديلة في جوّ مؤاتٍ للحوار، ساعدهم على تطوير فكرهم النقديّ واكتساب مهارات الحوار مثل الاستماع النشط وشجّعهم على التعاون. وأكّد طلّاب في لبنان أهميّةَ قبول الآخر والعمل بوجهٍ متضافر للوصول إلى وجهات نظر متقاربة، وقد أصبح أكثر من ١٥٪ من هؤلاء نشطاء من أجل السلام.

من الطبيعيّ أن تتطوّر هذه التربية مع الخبرات المتراكمة وتتنوّع تطبيقاتها بحسب السياق. فالتربية على السلام في كندا تختلف عن التربية في لبنان وأيضاً عن التربية في الإمارات. في الحقيقة، هناك بعض التحدّيات والصعوبات المشتركة لدى المهتمّين بهذا المجال. من هذه التحدّيات: أوّلاً الربط بين المحلّية والعالميّة في تكوين هويّات الطلّاب، وثانياً، أخذ مبادرات وروايات الطلّاب الفرديّة بعين الاعتبار. أمّا عن الصعوبات فتكمن في عدّة قضايا أساسيّة، منها: العقبات السياسيّة والاقتصاديّة؛ والاعتقاد السائد في المجتمع اللبنانيّ أنّ الحرب وسيلة مشروعة من أجل تحقيق مصلحة الوطن والجماعات والأحزاب وحمايتها؛ ومعرفة قليلة بالخيارات والبدائل المتعدّدة لحالة العنف؛  واعتبار السلام حالة مثاليّة، غير واقعيّة؛ والتربية على السلام شأنًا معزولًا وليس خيرًا عامًّا.

* أستاذة علوم الشرق الأوسط في الجامعة الأميركية في دبي؛ باحثة، كاتبة، فنّانة وناشطة اجتماعيّة.

[1] Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Grasset, 1998.

[2] Ian M. Harris, “Peace Education Theory”, Journal of Peace Education, Volume 1, Number 1, 2004, p. 6

[3] Ian M. Harris, “Peace Education: Definition, Approaches and Future Directions”, in Peace Studies, Public Policy and Global Security, Volume II, edited by Ursula Oswald Spring, Ada Aharoni, Ralph V. Summy and Robert Charles Elliot, EOLSS Publications, 2010, p. 283.

[4] (in Arabic).  http://unesdoc.unesco.org/images/0022/002269/226924a.pdf

[5] Benjamin Stora, Algeria, 1830-2000: A Short History, Cornell University Press, 2004.

[6] For more information about my Peace Education approach and activities:https://pamelachrabiehblog.com/my-pedagogy-peace-education/

SOURCE: EL MACHREQ ONLINE – ST JOSEF UNIVERSITY, BEIRUT-LEBANON
http://www.darelmachreq.com/ar/desc-almachreq-cat/284