Maalesh est la troisième chanson que j’écris et interprète cette année, après Entre nous et Génération ma fi chi. Chantée en anglais et en libanais, avec ma voix augmentée par l’intelligence artificielle, elle prolonge par le son ce que je ne parviens pas toujours à exprimer avec les mots, les formes et les couleurs.
Dans ce contexte, maalesh signifie pour moi : « on fait avec » – c’est grave, c’est injuste, mais je continue. Le mot ne traduit ni le déni ni l’oubli. Il se tient sur cette frontière fragile entre l’acceptation lucide du réel et la capitulation face à l’inacceptable.
À travers cette chanson, je raconte une manière de survivre au Liban : applaudir lorsque le courant revient, garder le café chaud pendant que le pays se consume, transformer le sarcasme en rempart contre l’effroi et préserver quelques gestes ordinaires lorsque tout devient inhabitable.
Je parle aussi du chagrin différé, de cette nécessité de rire maintenant pour pleurer plus tard, parce qu’il faut encore travailler, protéger les enfants, rassurer les parents et avancer parmi les ruines. La douleur ne disparaît pas, mais elle attend qu’un silence, une nuit ou une chanson lui ouvre enfin la porte.
Maalesh porte cette contradiction qui m’habite (et qui habite beaucoup de Libanais-es): la peau dure et le cœur tendre. Il faut se cuirasser pour continuer, sans perdre la capacité d’aimer, de compatir et de s’indigner.
J’y évoque également l’exil anticipé: le passeport à portée de main, la valise près de la porte, le corps encore ici tandis qu’une partie de l’avenir se projette déjà ailleurs. Aimer cette terre jusqu’à la déchirure tout en préparant la possibilité de la quitter.
Mais maalesh peut aussi devenir un piège. Le mot qui aide à tenir risque de nous habituer à ce qui devrait rester intolérable. La résilience ne doit jamais devenir l’excuse de ceux qui détruisent, abandonnent ou refusent de réparer.
Cette chanson est donc à la fois une consolation et une alarme. Elle ne dit pas que rien de grave ne s’est/se produit (encore et encore). Elle dit que trop d’horreurs se sont accumulées, mais que je refuse de laisser le silence avoir le dernier mot.
Maalesh (paroles) – Adaptation française
On a appris à applaudir
Quand la lumière revient,
À célébrer les petites victoires
Et à ignorer les fissures.
Les factures sont posées sur la table,
Le café est encore chaud,
Et l’on trinque à des rêves
Que l’on n’a pas encore réalisés.
Maman disait :
« Fais attention, sois avisée. »
Aujourd’hui, on lit les nouvelles
En levant les yeux au ciel.
L’espoir monte, puis redescend,
Comme les ascenseurs
Dans cette ville.
Maalesh, on le répète encore,
On rit maintenant, on pleurera plus tard.
Yalla, on sourit, yalla, on tient le coup,
On transforme le sarcasme en espoir.
Maalesh, on reste debout,
Même lorsque les murs s’écroulent.
Le passeport est prêt, la valise tout près,
La moitié de notre avenir n’est déjà plus ici.
On maudit la chaleur, on maudit l’État,
Et pourtant, dans chaque débat,
On défend encore ce pays (?)
Café fort, plaisanteries plus bruyantes,
On se répare doucement sous la fumée.
Aux mariages, on danse
Comme si tout allait bien,
Le deuil au fond de la poitrine,
Mais la musique, elle,
résonne plus fort.
Maalesh, on le répète encore,
On rit maintenant, on pleurera plus tard.
Yalla, on sourit, yalla, on tient le coup,
On transforme le sarcasme en espoir.
Maalesh, on reste debout,
Même lorsque les murs s’effondrent.
On s’est forgé une peau dure
Et des cœurs qui sont restés tendres.
Nous sommes devenus maîtres
Des recommencements brisés.
Si tout s’effondre, on improvise,
On reconstruit,
L’humour en guise de masque.
Nous ne sommes pas naïfs,
Nous sommes simplement habitués au feu.
On fait reculer la peur,
On laisse grandir le désir.
Nous respirons encore,
Nous ne plions toujours pas.
Petit pays,
mais nous faisons beaucoup de bruit.
Version YouTube – Short (sans introduction):
Voix : Mésange Bleue (Pamela Chrabieh) augmentée par IA
Concept et réalisation : Mésange Bleue
Paroles et mélodie : Mésange Bleue
Composition finale : IA en dialogue avec Mésange Bleue
Visuels : hybride (vidéos originales et IA)
© Tous droits réservés – Mésange Bleue (Pamela Chrabieh)
pamelachrabiehblog.com

Leave a comment