Entre Nous… Six mois plus tard, des fissures toujours ouvertes

J’ai publié Entre Nous en avril 2026. Six mois plus tard, en ce 18 octobre, je reviens sur cette première chanson de l’année avec un sentiment étrange, celui d’avoir écrit quelque chose qui appartient déjà au passé, alors que presque rien de ce qui l’a fait naître ne semble vouloir nous quitter.

Au Liban, les bombardements se poursuivent, les menaces s’accumulent et nous vivons toujours avec cette incertitude qui s’est incrustée jusque dans nos habitudes les plus banales. Dans la région, les guerres, les destructions et les déplacements de populations continuent de déchirer des vies. Et voilà qu’en Europe, notamment en France, les manifestations, les colères sociales et les affrontements viennent rappeler, dans des contextes évidemment différents et sans commune mesure avec les ravages d’une guerre, combien les fractures peuvent s’élargir lorsque les sociétés ne parviennent plus à entendre leurs propres voix.

C’est précisément de ces décalages qu’est née Entre Nous. De cette difficulté à habiter un même monde sans nécessairement partager la même réalité. De nos paroles qui se croisent sans toujours se rencontrer, de nos mémoires qui s’entrechoquent, de nos certitudes qui se barricadent, de cette curieuse aptitude humaine à réclamer d’être entendu tout en devenant parfois sourd à ce que l’autre essaie de dire.

J’ai grandi au Liban, j’y ai connu la guerre, ses interruptions, ses reprises, ses interminables lendemains incertains. Et je continue d’y vivre. Autant dire que les fissures ne sont pas pour moi de jolies métaphores philosophiques que l’on contemple confortablement de loin. Elles traversent nos maisons, nos relations, nos conversations, nos corps, nos projets les plus modestes. Elles existent aussi en nous, entre ce que nous pensons, ce que nous ressentons, ce que nous montrons et ce que nous parvenons réellement à exprimer.

Avec Entre Nous, je n’avais aucune envie de proposer une réconciliation musicale de circonstance, encore moins de faire croire que quelques notes suffiraient à réparer ce que des décennies de violences, d’injustices et de divisions ont abîmé. Je voulais plutôt explorer cet espace inconfortable où la proximité n’empêche pas l’éloignement, où l’on peut partager une histoire sans en avoir la même lecture, où les voix se superposent sans forcément s’accorder.

La chanson est aussi née de mon intérêt pour les rapports entre la création humaine et l’intelligence artificielle. J’ai écrit les paroles, composé la mélodie, conçu l’univers visuel à partir de mes croquis et travaillé avec des outils d’IA pour développer la composition finale, transformer et enrichir ma voix ainsi que les images. Ce dialogue avec la technologie m’intéresse moins comme démonstration de prouesse technique que comme possibilité d’explorer autrement la voix, l’identité et leurs multiples variations. Une même voix peut être transformée sans perdre nécessairement ce qui l’a fait naître. Et la création peut ainsi emprunter des chemins que je n’aurais peut-être pas explorés seule.

Aujourd’hui, en réécoutant Entre Nous, je me rends compte que la question qui m’habitait en avril est toujours là. Comment continuer à nous parler lorsque tout semble favoriser la séparation ? Comment préserver une place pour le doute, la nuance, l’écoute, quand les cris, les slogans et les certitudes occupent presque tout l’espace ? Et comment ne pas finir soi-même enfermé dans ce que l’on dénonce ?

Je n’ai pas davantage de réponses aujourd’hui qu’il y a six mois. Peut-être même un peu moins, à vrai dire. Mais je reste attachée à cette tentative, musicale et visuelle, de donner forme à ce qui nous traverse, sans gommer les contradictions ni prétendre que toutes les blessures peuvent se refermer.

Entre Nous demeure pour moi une chanson sur ces distances parfois minuscules, parfois abyssales, qui existent entre les êtres, les sociétés et les mondes que nous habitons. Sur ce qui se défait, mais aussi sur les liens que nous cherchons encore, maladroitement, obstinément, à maintenir.

Et j’aimerais beaucoup que, dans quelques mois, je puisse la réécouter en me disant qu’elle a un peu vieilli. Que certaines de ses inquiétudes ont enfin perdu de leur actualité. Pour le moment, hélas, nous n’en sommes pas là.


Entre Nous — Mésange Bleue (Pamela Chrabieh)

Paroles, mélodie, voix, concept et réalisation : Mésange Bleue
Composition finale, édition vocale et visuels : avec l’appui de l’IA, à partir de créations originales.

© Mésange Bleue (Pamela Chrabieh) — Tous droits réservés.

Paroles complètes (FR/EN/AR-LB):

Leave a Reply