1- A ceux et celles qui clament que les alternatives au système socio-politique actuel n’existent pas et que la chute du gouvernement et celle du parlement entraîneraient le pays en enfer, ou du moins dans un “vide”, voici ce que j’en pense – et bien d’autres aussi -: l’enfer, on y est déjà depuis belle lurette (nous vivons dans une société en guerre, et non en état de post-guerre), et les alternatives existent, ainsi que les ressources humaines qualifiées. Il suffit de puiser dans les innombrables visions, discours, rapports, publications et productions d’académiciens du Liban et de la diaspora, d’ONGs locales, de nouveaux partis politiques séculiers, d’intellectuels, d’artistes, de politologues et juristes indépendants, d’historiens, d’experts de la chose politique, etc. Nous ne manquons ni de projets socio-politiques, économiques et environnementaux, ni de créativité, d’expertise ou de volonté.

2- Le « pouvoir du peuple » signifie non seulement que seul le peuple (uni dans sa diversité d’appartenances et d’identités) soit source légitime du pouvoir, mais que de surcroît, il soit seul habilité à exercer ce pouvoir. Comment ? Relire mon premier point.

3 – Ces premiers 5 jours de manifestations massives à travers le Liban, uniques dans l’histoire contemporaine de ce pays, constituent une première étape d’une  révolution par le bas qu’il est honteux de dénigrer ou de définir uniquement sous le label “social”. La charge politique des protestations ne peut être niée. Les slogans anti-régime, anti-système et anti-corruption sont nombreux. Les revendications ne se cantonnent pas au registre socioprofessionnel. Les contestataires  de toutes générations expriment leur refus du clientélisme d’Etat qui a consisté pendant de très nombreuses années (et encore aujourd’hui) à acheter “la paix” contre des mesures sociales précaires et temporaires.

4- Chez les partisans du changement, on ne recense pas exclusivement des militants issus de l’extrême gauche, des opposants au régime actuel, des personnes issues des classes socio-économiques pauvre et moyenne, mais aussi des bourgeois et des « éléments tièdes », pour ne pas dire des résistants de la dernière heure. Les positions ne sont donc pas tranchées et il est probable que les rapports de force et les « lignes d’alliance » évoluent dans les prochaines semaines.

5 – Ce qui se trame depuis quelques jours au Liban  n’est pas le dernier cri d’un peuple malade, ni une “rave party”. Il s’agit d’une intifada populaire multiforme, décentralisée et certainement non-violente, utilisant les méthodes contemporaines de protestation, tant physiques que virtuelles, culturelles, etc. Un nouvel horizon d’attente pour les populations soumises au joug de la dictature, des seigneurs de la guerre et des mafieux…

Même s’il faut se garder de faire des prophéties, cette intifada représente une espérance pour une grande partie des citoyens du Liban longtemps résignés par une situation d’impuissance politique et une attitude attentiste. Ils savent désormais que le changement pour le meilleur est un rêve à leur portée !

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