Sans l’art, on tue notre envie de vivre (ici-Beyrouth)

Cet article est paru dans ici-Beyrouth, 4 Dec. 2021

La crise multiforme qui marque le quotidien des Libanais pousse beaucoup à croire que l’art est un luxe et que les droits à la sécurité, au logement, à la nourriture, à l’emploi et à l’électricité devraient être les seules priorités des citoyens et de l’État. Or, les interventions artistiques des dernières années, et notamment depuis octobre 2019, déconstruisent cette croyance et soulignent l’aspect vital de l’art pour toute société, et en particulier la société libanaise.

En effet, la façon dont l’art est intervenu et intervient encore dans l’élaboration d’un projet collectif ou dans l’espace public s’est récemment diversifiée et a acquis de l’importance en tant que stratégie et action citoyennes : concerts véhiculant un message d’unité dans la pluralité et d’engagement citoyen en vue d’une déconfessionnalisation du système socio-politique (Beirut Jam Sessions, Minal Shaab) ; installations publiques dans les rues de villes côtières pour la justice sociale et les droits humains (Haven for Artists) ; graffitis révolutionnaires (Ivan Debs, Spaz, Ring Bridge, Art for Change, Ashekman, Yazan Halwani, REK) ; expositions en ligne alliant artistes émergents et établis suite à l’explosion du port de Beyrouth (arleb.org) ; ateliers de thérapie par l’art (Meadows, A+ Initiatives) ; publications d’ouvrages collectifs sur la préservation de la mémoire et la résistance culturelle (Beyrouth mon amour, 4 août 2020 18h07 ; The Beirut Call : Harnessing Creativity for Change ; Beirut Urban Ruins : Save it on Paper), etc.

Photo prise par Pamela Chrabieh lors d’une intervention artistique par « Haven for Artists » en avril 2021 a Gemmayzeh et Mar Mikhaël

Ces exemples et bien d’autres encore nous rappellent l’importance de l’art puisque celui-ci nous permet de mieux collaborer les uns avec les autres, d’identifier des problèmes et de les résoudre, de gérer les émotions, de guérir les blessures, de favoriser l’écoute, la réflexion, l’imagination, l’observation, le décentrement, le questionnement… et certainement, de construire une société saine. Il est à noter qu’en novembre 2019, l’Organisation mondiale de la santé publiait un rapport reposant sur 900 articles scientifiques qui affirment l’impact bénéfique de l’art sur la santé physique et mentale. D’où l’importance de généraliser les activités et les interventions artistiques au côté des protocoles thérapeutiques en milieu hospitalier, dans l’éducation mais aussi dans la vie de tous les jours pour améliorer le bien-être individuel et collectif.

Par ailleurs, lorsqu’il n’est pas instrumentalisé par des partis politiques ni n’est utilisé pour la propagande étatique, l’art offre des opportunités d’éducation à la citoyenneté et peut, par conséquent, entraîner une prise de conscience en vue de la convivialité. En ce sens, de plus en plus d’académiciens et d’artistes entreprennent des recherches sur l’art et la citoyenneté et forment des réseaux de collaboration locale et régionale tel celui de l’Université Dar al-Kalima. Celui-ci promeut notamment une citoyenneté active et inclusive définie par la participation et non par l’idéologie, et appelle à la pensée et la pratique de l’art comme véhicule de participation pour approfondir les discussions publiques sur les questions civiques et les valeurs fondamentales.

Malheureusement, les défis socio-économiques auxquels se heurtent une large partie d’artistes, d’entreprises créatives et d’organismes s’accumulent au fil des jours au Liban, sans compter l’exacerbation des identités meurtrières, le recul des libertés et la sacralisation de la politique mafieuse. Dans cette perspective, si les lieux de la pensée et de la pratique libres et libératrices – qu’ils soient formels ou non – ne s’élargissent pas, et notamment à travers l’art, il est à craindre que beaucoup de Libanais ne pourront désapprendre ce qu’ils ont appris suite à des décennies de guerre, de népotisme, de corruption, de mauvaise gouvernance, d’autoamnistie, et d’impunité. Désapprendre est un processus et une éducation visant la sortie du système d’exclusion mutuelle, en appliquant l’exercice de la subversion qui n’est nullement une destruction ou un rejet, mais qui essaye de comprendre le pourquoi et le comment des choses, de problématiser le canevas épistémologique articulant chaque discours et expression et d’ouvrir la voie à un engagement citoyen protéiforme inclusif.

Il est ainsi plus que temps de dépasser les frontières dites immuables entre individus et communautés, de sortir des ghettos, d’être à l’écoute des attentes et des aspirations de toutes les composantes de la société, de transformer le regard sur l’autre afin qu’il soit dénué de tout projet d’autojustification et le regard sur soi-même pour qu’il ne se complaise pas dans des poncifs convenus. Et au-delà du survivre ou mourir, il est plus que temps de vivre. Or, en nous privant de l’art, ou en limitant l’accès à l’art, on tue notre envie de vivre, et de là, ce qui fait notre humanité.

SOURCE

Nabad in Atlantico.fr: Making Changes in the Arts and Culture Scene in Lebanon following the Beirut Port Blast

We are more than pleased to have our Nabad program mentioned by journalist Maya Khadra in Atlantico.fr as one of the change-makers in the arts and culture scene in Lebanon.

Read the article “Un an après l’explosion du port de Beyrouth le Liban entre résilience et crise sans fin” (August 4, 2021) HERE.▲

Préparation au test de culture générale

Des cours particuliers en ligne sont disponibles en mode continu pour la préparation au test de culture générale du concours de la Faculté de Médecine générale et de la Faculté de Médecine dentaire de l’Université Saint-Joseph (Beyrouth).

Contactez Dr. Pamela Chrabieh (WhatsApp +9613008245) pour plus d’informations. Les places sont limitées. Prix spécial compte tenu de la crise économique.

SPNC/Dr. Pamela Chrabieh offre depuis plus de 10 ans des cours particuliers et organise des sessions collectives de culture générale pour une préparation optimale aux concours d’entrée aux universités au Liban dont l’université Saint-Joseph, avec un taux de réussite de 88%.

La culture générale est un ensemble de savoirs que l’on acquiert tout au long de notre vie, lesquels proviennent de différents domaines et constituent des notions de base utiles au quotidien et pour la vie professionnelle. Le test de culture générale est de plus en plus utilisé par les universités puisqu’il permet de déterminer si l’étudiant-e est curieux-se et s’informe suffisamment pour pouvoir se forger sa propre opinion et ainsi développer un discours solide. Cette capacité de réflexion critique et d’association des connaissances est très appréciée par les professeurs-es et le monde du travail.

« Nabad », pour maintenir la pulsation artistique et culturelle au cœur de Beyrouth

Ce programme interculturel et universitaire, né post-4 août, vise à soutenir les artistes indépendants et les petites entreprises créatives locales extrêmement impactés par les crises multiformes qui frappent le Liban. Entretien avec sa conceptrice et directrice Pamela Chrabieh”.

Lire l’article complet publié par l’Orient-le-Jour le 15-02-2021.

“ARLEB” MET À L’HONNEUR DES ARTISTES LIBANAIS ÉMERGENTS – AGENDA CULTUREL

Concert Tiny Gig avec Frida — Beirut Jam Sessions Tiny Gigs avec le soutien de Nabad. Dec. 2020, Arthaus. Photo crédit Cliff Makhoul.

L’explosion du 4 aout a été dévastatrice pour la scène artistique libanaise, mais elle a aussi été le point de départ de nombreuses initiatives culturelles.

Nabad en est l’exemple. Ce programme de soutien a pour objectif de soutenir les arts et la culture au Liban. Leur plateforme en ligne, Arleb, veut donner plus de visibilité aux artistes émergents. Elle propose – du 2 février au 30 avril- une exposition virtuelle qui vaut le détour. Rencontre avec Pamela Chrabieh, responsable du programme Nabad.

Qu’est ce que Nabad ?

Nabad est un nouveau programme de soutien destiné au domaine des arts et de la culture, et issu d’un partenariat palestino-libanais sous le patronage de l’Université Dar al-Kalima pour les arts et la culture. Les projets de Nabad pour l’année 2020-2021 au Liban incluent l’organisation d’ateliers d’art-thérapie, de concerts en direct et virtuels, d’expositions “street art”, de publication de livres sur l’héritage architectural et la résistance/résilience culturelle de Beyrouth, et d’une plateforme en ligne — Arleb.

Pourquoi avoir créé ce programme ?

Nabad fut créé en réponse aux explosions du port de Beyrouth du 4 août 2020 et se veut à long terme de devenir un programme régional. Nabad soutient des artistes, de petites entreprises créatives et des ONGs d’art, et contribue à sensibiliser tant le public local que celui de la diaspora libanaise à la diversité des productions artistiques et culturelles au Liban.

Qu’est-ce qu’Arleb? Quel est le sujet de l’exposition ?

Arleb est une plateforme digitaleà but non lucratif, dédiée aux artistes et aux entreprises créatives au Liban. La première exposition virtuelle d’Arleb fut lancée le 2 février et aura lieu jusqu’au 30 avril. Elle regroupe plus de 500 œuvres de 61 artistes émergents et établis. Le thème principal est la résistance culturelle à/de Beyrouth, mais d’autres thèmes sont aussi traités par les artistes tels que l’environnement, la justice sociale, les droits humains, etc.

Quel constat sur la vie culturelle libanaise en 2021 après cette année difficile ?

La crise multiforme a frappé de plein fouet le secteur culturel. Le matériel de production artistique est hors de prix, les évènements culturels se font rares, et les fonds internationaux ont surtout apporté une aide d’urgence aux musées et aux institutions culturelles établies. Or, la reconstruction de Beyrouth signifie plus que jamais la survie de sa scène culturelle kaléidoscopique, et donc de son centre et sa “périphérie” – les artistes émergents et marginalisés par exemple, ainsi que les petites entreprises créatives qui payent malheureusement le plus grand prix de la crise.

Quel avenir pour le monde de la culture au Liban? Quels projets ?

Les arts et la culture auraient certainement besoin d’un soutien continu et d’initiatives de capacitation (empowerment). À travers Nabad, nous prévoyons d’y contribuer dans la mesure du possible puisque nous croyons fermement au rôle crucial des arts et de la culture pour faire face aux conditions de vie difficiles et au cumul des traumatismes sévères, et de construire une société inclusive au Liban.

ENTREVUE PUBLIEE PAR AGENDA CULTUREL, BEYROUTH, FEVRIER 9, 2021. LIRE ICI.

Lancement de l’ouvrage “Beyrouth Mon Amour. 4 août 2020 18h07”.

Heureuse d’avoir contribué à cet ouvrage sur Beyrouth. Merci Bélinda Béatrice Ibrahim et félicitations!

Je partage ci-dessous le communiqué de presse:

Beyrouth Mon Amour
4 août 2020 18 h 07
Ouvrage collectif sous la direction de Bélinda IBRAHIM
Préface de Gérard BEJJANI
Participation audio exceptionnelle de Mme Fanny ARDANT.

Une tragédie telle l’explosion du 4 août ne se donne pas à voir, elle se vit.
Profondément elle pénètre la peau, comme le jour du drame, elle a investi les âmes de Beyrouth. Elle ne se feuillette pas comme un album photo, mais elle imprime les yeux de spectres et de sang. Il y a autant de récits du drame que de victimes ;
Il y a autant de miracles que de survivants.
Comme un miroir brisé, l’explosion de Beyrouth se démultiplie dans nos têtes.
Elle hante nos rêves et distord nos réalités.
Le temps trébuche puis s’arrête, pour converger vers le seul jour de la comparution, où seront jugés les criminels, où peut-être s’apaisera notre colère.
Ce jour-là ne sera ni celui de l’oubli ni celui du pardon. Il verra la lente suture des blessures et le début de la cohabitation avec nos cicatrices.
Cet ouvrage est le fruit d’un travail collectif. Une chaîne d’entraide formidable, née de l’urgence de libérer la parole et d’exorciser la douleur.
C’est pourquoi sa mise en page est simple et sobre, retranchée dans la pudeur qui suit l’outrage. Aucune recherche de sensationnel et encore moins de reconnaissance ne viendra entacher les intentions de ses contributeurs.

Cinquante-six auteurs ont livré leur témoignage écrit et vingt-huit artistes ont saisi par des photographies, des peintures et des dessins cet instant funeste qui a détruit une ville et saccagé des vies.

Cet ouvrage a pu voir le jour grâce à la générosité de mécènes anonymes et d’autres nominatifs qui ont assuré le financement des frais de production et d’impression. Tout en offrant un espace cathartique à nos artistes, ils soutiennent le travail titanesque de six ONG qui œuvrent depuis le 4 août, 18 h 07, sur le terrain.

L’ouvrage sera lancé en présence des contributeurs et de la presse, le mercredi 28 octobre de 16 h 30 à 18 h 30, dans les jardins du palais Sursock-Cohrane, dans ce lieu qui symbolise à lui seul, les ravages subis par le Patrimoine libanais.

L’ouvrage sera disponible à la vente le jour du lancement et dès samedi 31 octobre au prix de 150 000 LL dans les branches (hors-mall) de la Librairie Antoine qui a gracieusement offert son réseau de distribution, ainsi qu’auprès des points de collecte suivants, le Kudeta à Badaro et la Casa Lounge , Avenue de l’Indépendance.

Il sera également disponible à l’achat en broché à l’étranger au Canada et les USA dans quelques jours sur : bouquinbec.ca (Impression sur demande)
Et en France pour la France et l’Europe sur : pumbo.fr (Impression sur demande)

Les recettes iront à 6 ONG actives sur le terrain à Beyrouth:
Afel Liban AL MAJAL Live Love Beirut Expertise Erasmus arcenciel.aec et Faire Face Cancer

Le Liban, un foyer de dialogue… Est-ce une utopie?

Dr. Pamela Chrabieh

Le Liban, un foyer de dialogue… Est-ce une utopie? Si en tant que peuple nous abandonnons ce rêve alors oui… En dépit de nos souffrances et mémoires meurtries, nous ne pouvons pas nous résigner. Il va falloir continuer à faire scintiller nos lumières, tant individuellement que collectivement. Un peuple qui lutte ne meurt pas!
الشعب الذي يكافح ويقاوم من أجل تقرير مصيره لا يموت.

Liban, avons-nous perdu notre dernière chance?

Le conseil des ministres et une poignée de députés ont démissionné suite au cataclysme de Beyrouth, alors que les mêmes mafias et seigneurs de la guerre s’accaparent le pouvoir.

Justice doit être faite, et les pires châtiments doivent être infligés à ces odieux tyrans, nérons, sangsues, sanguinaires, inhumains, ces lucifers qui mentent impunément et qui se cachent derrière et instrumentalisent les “légitimes” souffrances de centaines de milliers d’humains qui ne méritent pas l’hécatombe. 

Mais comment cette justice adviendra-t-elle lorsque d’une part, des citoyens-nes expriment leur souffrance, leur compassion, leur convivialité, leur courage, et leur espoir en un meilleur lendemain en balayant les débris, en venant en aide aux sinistrés, en recherchant les disparus, en manifestant dans les places publiques, en témoignant pour la justice et la paix, etc.; et d’autres demeurent adeptes de la violence, et sont prêts à exterminer virtuellement et physiquement ceux qui opposent leurs zaims? Comment cette justice – et ainsi mémoire et histoire – adviendra-t-elle, lorsque “l’autre” n’est plus adversaire occasionnel, mais ennemi de nature qu’il faudrait éradiquer? 

Mes larmes coulent à la vue de la division des Libanais-es, à la vue du sang qui coule, des gaz lacrymogènes, et des cris des familles des victimes, à la vue des luttes au corps à corps et de la montée aux extrêmes. 

J’avais encore un brin d’espoir que le crime ultime, ce crime contre l’humanité qui eut lieu le 4 août, puisse rassembler tous les Libanais-es autour d’une action commune, un projet commun, du moins une colère commune face à des dirigeants qui n’ont fait que couler le titanic et ouvert les portes de l’enfer.

Cet espoir n’existe plus… Car pire que les dirigeants despotiques est un peuple sclérosé. Et tant qu’une partie du peuple ne tolère que la servitude, la corruption et le meurtre, nous ne pourrons faire et écrire librement notre histoire. Nous serons condamnés à revivre un passé sanglant, et nous ne créerons que des présents et avenirs apocalyptiques. 

Nous avions une dernière chance pour nous unir dans notre diversité, pour nous rencontrer là où la politique divise pour justement transcender cette division. L’avons-nous perdue? 

Explosions meurtrières à Beyrouth : «On dirait la bataille de Stalingrad» – Entrevue avec Le Parisien

Merci Louise Colcombet pour l’entrevue:

(…) “A une dizaine de kilomètres du port, dans le village où elle se trouve à 400 mètres d’altitude, Pamela Chrabieh, 43 ans, a elle aussi pu voir distinctement le panache de fumée monter dans le ciel de la capitale libanaise. « Même à 400 m d’altitude, nous avons ressenti la déflagration : d’abord un tremblement de terre pendant une dizaine de secondes, puis une énorme explosion. Je n’avais jamais rien entendu de tel, même pendant la guerre », raconte cette consultante en communication, dont beaucoup d’amis et la belle-mère de sa sœur ont été blessés. Sa priorité, désormais : trouver des biens de première nécessité. « Avec le port dans cet état, il y a un vrai risque de pénurie. Ce soir, déjà, nous avons eu du mal à trouver du pain, les boulangeries sont dévalisées… Et on craint vraiment une famine pour une grande partie de la population, dont la proportion de pauvres est désormais de 75 %. » La quadragénaire compte se réfugier dès mercredi dans un autre village, plus éloigné. « Les autorités ont alerté sur les émanations nocives qui se dégagent du port, ils demandent de fermer les fenêtres, c’est très préoccupant. »

SOURCE: LEPARISIEN.FR – 4 AOUT 2020