Towards Building New Models in Lebanon?

The Ring – Beirut, January 14, 2020

“You never change things by fighting the existing reality. To change something, build a new model that makes the existing model obsolete.” Buckminster Fuller

Fuller’s quote somehow makes sense. Indeed, should we work against establishments? Or should we help them transform for the better?According to Fuller, the second option is the best. I couldn’t agree more, but replacing existing models such as socio-political and economic systems of management as well as cultural norms with new systems and norms, requires a transformational journey – – both individual and collective, and therefore, deconstruction before reconstruction. Fuller went through such a journey before coming up with his famous quote.

It is clear there have been well thought and practiced alternative models on small scales (in classrooms and workshops, through activities organized by NGOs, in academic writings and artistic works, to name just a few of the many channels used in the last two to three decades), and that there is indeed a need for new large-scale models, but many Lebanese are not ready for them, or are simply not ready for change. And when people aren’t ready, they feel victimized, and they respond negatively. This behavior is called “resistance to change”. This resistance is the result of decades of wars and conflicts with their load of change which was inflicted on people, keeping them on the edge, nurturing their traumas. Many Lebanese lost trust in change, which makes it harder to think of and implement change in the present time.

In other words, changing existing entrenched and coercive models requires we all have to go through fighting/deconstructing them even if at different paces, in order to understand individually and collectively that the next step, whether tomorrow or in a few years, would be to build new models that are so desirable and so successful that most people will clamor for them.

For those of us who are unhappy with the way our country is managed now and has been managed for the last decades, and particularly for those of us who ache to see how much Lebanon is mired in painful poverty, inequalities and ignorance: let the deconstruction dynamics take place as they need to, and start working — if we want to and are ready to do it – – on the next phase, which is to build something new together. Nevertheless, before rebuilding systems of management, let us remind ourselves that we need to deconstruct then reconstruct the fundamental infrastructures of our systems of knowledge and mentalities that enable the different peoples living in Lebanon to become self-governing, empowered and ready to embrace change.

I don’t know exactly how we’re going to pull that off. I don’t know how long it will take. It might be our children or grandchildren who complete whatever we’re laying the foundation for, as coercive states, warlords and mafias aren’t going to suddenly go away, nor regional conflicts, but I know it’s worth it, because the future of our country depends on it.

Ala’ Abou Fakhr, martyr de la révolution, martyr national – article dans l’Orient-le-Jour

Lire l’article complet sur le site de L’Orient-le-Jour

Le meurtre du révolutionnaire Ala’ Abou Fakhr devant son épouse et son fils a ravivé dans ma mémoire le décès de mon beau-père Gebran Badine qui fut assassiné en Irak en 2004. Dans un article que j’avais publié en 2007 dans Scriptura (Université de Montréal), je posais à l’époque les questions suivantes : « Qui est Gebran ? (et donc, qui est Ala’ ?). Vaut-il la peine d’être remémoré ? Sa mort, à l’instar de beaucoup d’autres, compte-t-elle sur l’échiquier national ? »

Depuis des décennies, les meurtres et massacres perpétrés au Liban et dans la région de l’Asie de l’Ouest ne sont plus que des événements relégués aux oubliettes, des concours de circonstances, des accidents faisant partie du lot dit normal de la guerre et des révolutions. En ce sens, la mort de Gebran, de Ala’ et de bien d’autres encore ferait partie de l’ordre des choses, du cycle de la vie et de la mort. Elle ferait partie des tragédies enfouies dans les méandres de l’histoire, jugées par des politiciens, des historiens, des institutions médiatiques et des peuples entiers, inaptes à porter le qualificatif de mal absolu, d’horreur extrême, et donc inaptes à être même pointées du doigt. Or toute guerre constitue un génocide, et tout être humain ayant péri de la folie meurtrière vaut la peine d’être remémoré, pour que justement cesse cette folie.

Au Liban, il est habituellement demandé tant aux enfants qu’aux adultes de ne pas revenir sur le passé, de taire les blessures, de se murer dans un mutisme approbateur de la fatalité du destin, privilégiant la survie sociale et politique à la survie psychique et humaine. La société entière est soumise aux chuchotements et à l’autocensure qui font que la moindre pensée subversive est automatiquement réprimée. Cette omerta, ou loi du silence, est renforcée au niveau national par l’auto-amnistie des leaders de la guerre en 1991. En effet, la loi

n° 84 du 26 août 1991 a voulu voiler le passé récent en accordant une amnistie aux criminels pour tous les actes commis avant le 28 mars 1991. Cette loi fut élaborée en fonction de critères politiques et non des droits de l’homme. Les « seigneurs de la guerre » – expression utilisée en politologie libanaise – ont fait en sorte que leurs crimes soient oubliés. Or suffit-il d’affirmer que le passé n’existe plus en droit pour qu’il cesse d’exister dans la réalité et les consciences, pour que victimes et bourreaux se valent ?

L’oubli n’est qu’une illusion, le temps nous rattrape à grandes enjambées et la souffrance nous descend, même si nous tentons de fuir. « Gare au retour du refoulé ! » avait prévenu un célèbre architecte libanais lors d’une conférence en février 2004 intitulée « Le centre-ville, exploit ou fracture ? ». Comment tourner la page sur des milliers de morts, de blessés, de disparus, de déplacés, de prisonniers, d’émigrés forcés, de destructions, d’horreurs? Comment dépasser la peur qui marque sa présence et la dépression qui suit la fin de l’espoir ? Comment envisager ce qui sera sans tenir compte de ce qui a été ?

« Je désire savoir où sont les choses futures et passées, si l’on peut dire qu’elles sont. Si cette connaissance est au-dessus de moi, au moins je suis assuré qu’en quelque lieu qu’elles soient, elles n’y sont ni futures ni passées, mais présentes, puisque si elles y sont futures, elles n’y sont pas encore, et que si elles y sont passées, elles n’y sont plus. »

Aux interrogations de saint Augustin, dans les Confessions (livre XI, chapitre XVII), répondent certaines certitudes : si l’avenir n’est pas encore et si le passé n’est plus, celui-ci n’est pas sans influencer celui-là. En ce sens, un avenir pacifié ne peut être envisageable si la politique de la tabula rasa relevant de la terre brûlée est adoptée. Celui-ci requiert la reconnaissance de la douleur en la muant en souvenir fondateur qui puisse nous en affranchir, notamment en construisant une mémoire individuelle et collective de la guerre. Dans cette perspective, la parole ou la mise en récit de l’événement traumatique occupent une place centrale dans le processus thérapeutique qui constitue la base du processus de « peacebuilding » – construction de la paix. Donner un espace de parole, d’où l’on peut s’exprimer en toute sécurité et liberté, est indispensable pour passer de la simple reviviscence à la représentation, du souvenir au « ressouvenir » – un terme utilisé par Amin Maalouf et qui signifie une réécriture, un déchiffrage, un dévoilement, un travail de critique et d’autocritique (intériorisation), un projet herméneutique, un travail de deuil, un acte refondateur, une transformation – pour qu’on puisse dire les blessures, leur attribuer un sens, les comprendre et vivre avec.

En ce sens, le principe « œil pour œil, dent pour dent », ou la culture de la vendetta, devrait être remplacé par un processus réparateur impliquant toutes les parties, constituant une manière puissante d’aborder non seulement les préjudices matériels et physiques causés par les crimes, mais aussi les préjudices sociaux, psychologiques et relationnels. Cette démarche est centrée sur la victime, et la communauté et le dialogue en sont les éléments centraux. Le but n’est pas la vengeance, mais que la vérité soit connue et qu’une reconnaissance publique soit officiellement sanctionnée. Les auteurs de crimes de guerre et de tout crime ont beau répéter que personne n’entendra les victimes, que personne ne se soucie d’elles, que personne ne le saura jamais… D’où la nécessité de faire face à ce que le journaliste Lawrence Weschler qualifie d’« instant primordial » : « Qui était là ? Qui criait ? Qui se tenait aux côtés de la victime et que faisaient-ils ? Qui encore maintenant oserait écouter ses cris ? Qui souhaite le savoir ? Qui sera tenu responsable ? Et qui leur en demandera des comptes ? »

Source: https://www.lorientlejour.com/article/1195118/ala-abou-fakhr-martyr-de-la-revolution-martyr-national.html

عن الحوار الإسلامي المسيحي، ذاكرة الحرب وبناء السلام في لبنان

Interested in the subject on Interfaith Dialogue, War Memory and Peacebuilding? This is the full version of my article, and you can have access to the PDF file on Telos’ site: https://www.telosmagazine.org/

Towards Inclusive Societies in the Middle East International Conference in Cyprus

Last preparations for the international conference “Towards Inclusive Societies in the Middle East” in Ayia Napa – Cyprus. Organized by CAFCAW and Dar al Kalima University of Arts and Culture. Oct.31st-Nov. 3rd 2019.

CAFCAW executive committee

Repenser la gestion de la diversité religieuse et culturelle entre le Liban et le Canada

Les cas d’étude et de comparaison entre le Canada et le Liban ne sont pas récents, et suscitent encore aujourd’hui l’engouement de plusieurs chercheurs, vu que ces deux pays sont marqués par la diversité religieuse et culturelle. Une diversité qui pourrait constituer un terreau de dissensions, ou une pratique et un horizon de convivialité et de paix.

Au Liban, des individus et des organisations non-gouvernementales revendiquent des changements dans la gestion de la diversité. Au Canada, avec les revendications particulières de communautés religieuses et culturelles, ainsi que l’intégration de l’expression du phénomène religieux dans l’espace public comme dans les secteurs académiques, médiatique et juridico-politique, les défis de non-discrimination sont multiples.

En fait, tant au Liban qu’au Canada, on cherche continuellement à repenser la place du religieux dans l’espace public et à réformer le système de gestion des composantes de ces deux pays, tellement différents mais aussi semblables à bien des égards.

(Extrait de mon introduction à la 4e table-ronde du colloque “Les communautés de l’Etat du Liban” à l’USEK, 22 mars 2019)

Au colloque “Les communautés de l’Etat du Liban” à l’USEK

Ce fut un plaisir de revoir et de rencontrer des collègues du Québec, et de modérer la 4e table ronde du colloque “Les communautés de l’Etat du Liban” organisé par le Centre de Recherche sur les Minorités au Moyen-Orient (RCMME) et le Centre de Recherche Société, Droit et Religions de l’Université de Sherbrooke. Avec les intervenants Mirna Bouzeid, Pierre Noel et Claude Gelinas. Un grand merci au Prof. Sami Aoun, ainsi qu’aux P. Jean Akiki et Georges Yarak pour l’invitation. Certes, les perspectives comparatives entre le Canada et le Liban devraient se poursuivre vu qu’elles permettent les décentrements nécessaires afin de repenser la gestion de la diversité.

Harvard College Asia Program Conference

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Dr. Pamela Chrabieh

Assistant Professor of Middle Eastern Studies Dr. Pamela Chrabieh was invited as a special guest speaker to give a lecture entitled “Policy, Global Citizens and World Peace: How can Governments influence policy to create better Global citizens and work towards World Peace? Case studies: Lebanon, Canada and the United Arab Emirates” on March 14, 2016 at the American University in Dubai.

The Conference was organized by the Harvard College Asia Program (HCAP) – an initiative in which Harvard University partners with higher education institutions in Asia to tackle key issues relevant to today’s world of increasing challenges, while simultaneously expanding the cultural and educational horizons of participating student delegates. This year’s Conference theme organized by the HCAP at the American University in Dubai is “Equality, Tolerance and Freedom: the Effect of Culture and Policy on a Globalized World”.

Dr. Chrabieh introduced first her audience to the concepts of policy, glocal citizen instead of global citizen and the peace process as she defined it based on four interdependent dynamics: peacekeeping, peacemaking, peacebuilding and inner peace. She then identified the major core values that drive or should drive Lebanese and Canadian foreign policies such as interreligious dialogue, democracy, human rights and interculturalism. She also tackled the issue of internal policy while focusing on the social-political diversity management systems in Lebanon, Canada and the United Arab Emirates. Dr. Chrabieh concluded with the UAE Ministry of Tolerance as an important example of how peace can be adopted as the organizing frame for governments’ policies.

“Tolerance is one of the major pillars in preserving and expanding peace. Definitely, citizens and expatriates are called to be agents of peace, peace builders, and to help the government in its task, first internally, and second, in exporting the model outside of the Emirati boundaries. Dubai in particular, where hundreds of ethnicities, religious and cultural identities are learning to coexist and more, to live with one another – just like we are trying to do at the American University in Dubai -, where glocal identities are reshaping their belongings and relationships, promises to offer this model to the region, and to the world”.

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